La boutade camouflait tout de même un brin de vérité : quand on habite une région chaude, apprécier le hockey assez pour y aller régulièrement exige une profession de foi hors de l'ordinaire. Pour faire vivre une équipe de la Ligue nationale de hockey, il faut des dizaines de milliers de ces amateurs un peu fêlés.
Depuis 20 ans, le pari de la LNH a été que le hockey professionnel constitue un spectacle si enlevant que ce n'est qu'une question de temps avant que ne se bâtisse une clientèle cible suffisante pour faire vivre une équipe. Ce pari a été fait par une poignée de propriétaires-investisseurs qui étaient mus par une statistique qui n'a rien à voir avec le climat : la démographie. Et l'argent, bien sûr, parce que chaque formation qui s'est ajoutée au club privé que représente la LNH a apporté des dizaines de millions de dollars - 50 millions $US, dans le cas de Tampa Bay et d'Ottawa, qui sont entrés ensemble en 1992 - millions qui compensaient un peu l'explosion salariale des joueurs.
Pour les proprios, l'équation était simple et suivait la même logique marchande qui a semé des magasins à grande surface identiques dans nos villes : il fallait occuper tous les principaux marchés démographiques de l'Amérique du nord. À ce baromètre, Phoenix, Miami, Tampa Bay et Atlanta avaient plus de sens économique que Winnipeg, Hamilton et Québec. Le climat ? L'attrait naturel du hockey auprès de la population locale ? La culture sportive ? Leur situation géographique, au sud du continent ? La loi des nombres, selon la LNH, viendrait à bout de tous ces obstacles.
Parallèlement, les propriétaires de la LNH ont engagé, en 1993, le commissaire Gary Bettman dont l'un des mandats a été d'assurer la stabilité de la ligue. Ils voulaient éviter de revivre les années 1970, alors que l'instabilité des cadres (Oakland, Kansas City et Atlanta) a donné une image de broche à foin que seule la comparaison avec la défunte Association mondiale de hockey faisait paraître sérieuse.
De fait, les premières années de Gary Bettman ont été troubles avec quatre déménagements entre 1993 et 1997 : Minnesota a déménagé à Dallas, Québec à Denver, Winnipeg à Phoenix et Hartford en Caroline. Depuis, la LNH s'est avérée un modèle de stabilité. Aucun mouvement depuis 12 ans.
C'est dans cette perspective qu'il faut comprendre les réticences de M. Bettman et celles de la LNH devant l'insistance de l'homme d'affaires Jim Balsillie de se porter acquéreur des Coyotes de Phoenix. Ce dernier, un des dirigeants de la société Research in Motion, concepteur du téléphone Blackberry, dévoilait ses plans pour acheter le club pour 212 millions $US. C'est sa troisième tentative, après des ouvertures infructueuses à Pittsburgh, puis à Nashville. Il refuse de réaliser qu'il cogne à la porte du club privé que représente la LNH et que n'entrent que ceux qui sont acceptés lors d'un vote auprès des 29 autres propriétaires du circuit.
Gary Bettman soutient que la position de la LNH à l'endroit de M. Balsillie n'est pas une question financière (quoique c'est ce qui mène le monde du hockey professionnel), mais une question de principe. La LNH veut être l'autorité qui décidera où sont ses franchises et qui les dirigera. Pour le moment, elle demeure fermée à toute idée de déménagement, ce qui est aux antipodes de ce que M. Balsillie veut faire : amener une équipe à Hamilton dans le sud de l'Ontario. Dans la cour arrière des Maple Leafs de Toronto et des Sabres de Buffalo qui doivent voter en faveur d'un nouveau voisin, et qui seraient dédommagés à coups de millions.
En portant son combat devant les tribunaux (via l'ancien propriétaire des Coyotes, Jerry Moyes), Jim Balsillie persiste à faire mal paraître la LNH et Gary Bettman, qui le combattront donc avec l'énergie du désespoir. Mais à un moment donné, la Ligue nationale finira peut-être par reconnaître que son aventure au Sud était périlleuse, voire suicidaire, comme la Ligue canadienne de football l'a constaté après avoir donné, puis vu mourir, ses équipes aux États-Unis. L'argent menant tout dans ce milieu, la LNH reviendra dans ses territoires de prédilection que sont les villes du nord du continent et ses fans fêlés, au plus grand bénéfice du Canada.











