Au-delà du réel

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Pierre Jury
Le Droit

Les syndicats représentant la vaste majorité des fonctionnaires québécois ont à peu près tous parlé, lundi, de faire des sacrifices. Voilà qui est de bon augure à une année de la fin des conventions collectives de l'État québécois.

Le hic, c'est que les syndicalistes ne parlaient pas de sacrifices de leurs 475000 membres. Non, ils évoquaient plutôt les sacrifices que leurs membres ont dû consentir pour présenter un premier front commun depuis 1972. Ainsi, la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs du Québec et la Centrale des syndicats du Québec, ainsi que les organisations représentant fonctionnaires et professionnels de la fonction publique, se sont entendus sur des demandes salariales communes et sur l'équivalent d'un pacte de non-agression, analogie militaire où les centrales s'entendent de ne pas courtiser les syndicats locaux qui sont affiliés à d'autres centrales.

 

Du jamais-vu

Ce pacte intersyndical constitue, selon Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, «du jamais-vu dans l'histoire syndicale québécoise». Mais pour les demandes salariales, c'est du déjà-vu: augmentations salariales de 11,25% sur trois ans afin que les travailleurs «ne fassent pas les frais de la crise». Les chefs syndicaux souhaitent donc des hausses annuelles de 2%, ce qui est déjà plus généreux que celles consenties au fédéral, et exigent en surplus un rattrapage de 1,75% par an.

(D'un point de vue outaouais, il est tout à fait logique que les fonctionnaires québécois obtiennent plus que leurs confrères au fédéral lors des prochaines négociations; leurs échelles salariales sont beaucoup plus modestes et la saignée ne s'arrête pas entre le Québec et Ottawa. En mai dernier, le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec sonnait déjà l'alarme. Et en décembre dernier, une étude de l'École nationale d'administration publique affirmait que les trois quarts des gens qui ont quitté la fonction publique québécoise (et municipale) oeuvraient au fédéral. Au point où Québec étudierait l'instauration de primes frontalières, comme il y consent déjà pour le secteur de la santé.)

Sécurité d'emploi

Pour les syndicalistes, l'argument de la sécurité d'emploi qui fait partie intégrante du paysage des relations de travail au gouvernement ne tient pas parce que plus du tiers des jobs n'ont plus cette sacro-sainte sécurité à vie.

Il faudrait en parler aux milliers de chômeurs jetés à la rue par la récente crise économique...

Et ces travailleurs, eux, devraient faire seuls les frais de la crise? C'est ce qu'il faut comprendre de la position syndicale.

On s'étonnera par ailleurs de l'empressement des syndicats de régler avant la fin des présentes conventions collectives, en mai 2010. La récession assaille l'économie du Québec - moins qu'ailleurs, mais certains secteurs, comme la forêt, sont affreusement touchés - et toute demande salariale s'appliquerait alors que le Québec est retombé en déficit budgétaire. Il serait mal avisé pour la présidente du Conseil du Trésor, Monique Gagnon-Tremblay, d'ajouter quelques centaines de millions de plus au passif de son gouvernement. D'un point de vue syndical donc, il vaudrait mieux attendre une reprise économique avant d'insister pour de telles augmentations.

Laissons-le tranqille

Les amateurs de hockey ont toujours admiré Guy Lafleur. Mais alors que le plus illustre fils de Thurso a hérité d'un casier judiciaire pour outrage au tribunal, c'est toute la population qui s'est rangée dans son camp. Voilà que des procédures administratives remettent en question les honneurs civiques qu'il a grandement mérités. Après l'Ordre du Québec, qu'il a failli perdre, c'est au tour de l'Ordre du Canada de soupeser sa valeur. Triste conséquence pour avoir voulu protéger son fils cadet. Bien injuste aussi. Laissonsle tranquille.

 

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