«Ce qui accroche»

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Pierre Bergeron
Le Droit

Les 88e assises annuelles de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), à Gatineau la semaine dernière, se sont déroulées sous le thème de la famille et du pont entre les générations.

Cependant les défis du financement des infrastructures ont fait la manchette, mettant en évidence les fossés d'incompréhension et d'impératifs politiques qui séparent nos paliers de gouvernements.

 

D'ailleurs, le président de l'UMQ et maire de Maniwaki, Robert Coulombe, cachait mal son impatience devant «ce qui accroche» et retarde l'arrivée des fonds d'infrastructure là où ils doivent être dépensés, dans les municipalités. Dans un contexte électoral certain au municipal et possible au fédéral, on ne doit pas s'étonner de leur intérêt et de leur empressement à sortir les «pépines».

Pourtant, à entendre les premiers ministres Stephen Harper et Jean Charest s'adresser aux assises de l'UMQ, on aurait pu croire que l'argent était déjà «à la poste» tant les chefs de gouvernement semblaient convaincus et convaincants sur l'urgence d'agir et de mettre les milliards à l'ouvrage. «Notre économie a besoin de ces investissements majeurs tout de suite», a déclaré Stephen Harper. Quant à Jean Charest, il a confirmé le renouvellement de l'entente avec Ottawa sur le versement aux villes d'une portion de la taxe fédérale d'accise sur l'essence selon une mécanique et une flexibilité bien rodées. Pour Gatineau, c'est 14,7 millions par année d'ici 2014 qui serviront à la modernisation des usines d'eau potable.

Une échéance déraisonnable

Or, le premier ministre Harper a fait allusion à «ce qui accroche» en déclarant qu'«on ne doit pas laisser la bureaucratie administrative ou des chicanes de compétences retarder ces investissements.» et que «l'argent doit être dépensé rapidement, sinon il sera perdu?» Le hic, c'est justement l'échéance du 31mars 2011, date butoir à laquelle les sommes devront avoir été dépensées. Pour les municipalités, c'est demain matin. Ces dernières ne peuvent pas agir sans autorisation finale d'engager les travaux, mais sans garantie absolue qu'ils seront terminés le 31mars 2011. Or aucun projet n'a encore reçu le feu vert.

Cette échéance est complètement déraisonnable, et pour plusieurs raisons, pratiques et climatiques, qui tiennent à la fois de la complexité de projets d'infrastructures souterraines, des expertises nécessaires ou disponibles pour les mener à terme, des règlements d'emprunt pour en compléter le financement et, bien sûr, des pénuries prévisibles de main-d'oeuvre spécialisée quand tout le monde se mettra au travail.

Annoncés dans le dernier budget du ministre fédéral des Finances Jim Flaherty, les milliards promis sont assujettis à un échéancier irréaliste qui doit être assoupli. On comprend donc Robert Coulombe d'inviter Ottawa et Québec à accélérer le processus d'approbation et «aligner les planètes» d'autant plus que les municipalités sont à la fois réceptrices de leurs largesses, mais aussi des partenaires qui devront financer le tiers des investissements. Ainsi, le Programme pour le renouvellement des conduites d'eau potable et d'eaux usées (PRECO) annoncé en avril est financé à parts égales par les trois paliers au cours des deux prochains exercices. Cela signifie que les municipalités, qui ne peuvent faire de déficit, devront financer leur contribution via des règlements d'emprunt.

Affirmer sa présence

Pour assouplir les exigences d'Ottawa, les municipalités doivent donc faire sentir leur présence sur l'échiquier canadien avec encore plus de force. Ainsi il est encourageant de voir l'UMQ signer avec l'Association des municipalités de l'Ontario une entente «historique» qui permettra aux deux associations d'agir de concert pour donner aux dossiers municipaux une meilleure visibilité.

Il ne sera jamais facile pour les municipalités d'affirmer leur indépendance ou leur autonomie face à leurs créatrices provinciales ou au chant des sirènes fédérales. Toutefois, elles sont des partenaires incontournables dont les besoins sont criants et les sources de financement, limitées.

Leur imposer des conditions trop contraignantes pour remplir leur mandat est déraisonnable, car elles ne peuvent que se hâter lentement.

 

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