Comme il est facile de pointer du doigt les conditions difficiles dans les résidences pour personnes âgées ou dans les CHSLD, on ne s'est pas gêné pour ridiculiser cette dépense et arguer que ces sommes auraient été mieux utilisées pour la formation du personnel, comme l'a souligné la chef du Parti québécois, Pauline Marois.
La logique bancale d'un tel commentaire, politiquement opportuniste, c'est de jouer sur deux tableaux qui ne sont voisins qu'en apparence. C'est de bonne guerre pour l'opposition officielle de s'opposer et de profiter de toutes les occasions pour mettre le gouvernement dans l'embarras. Encore faut-il que l'on puisse démontrer qu'il y a un lien de causalité entre les lacunes de la formation des préposés et l'embauche de «clowns». Cela fait sans doute une bonne manchette et on peut alors se payer la tête de la ministre en riant de bon coeur. Cette attitude est déplorable. Tous conviendront qu'il est essentiel d'améliorer la formation du personnel et que cela coûte beaucoup plus que 293000$.
Un baume contre la solitude
La ministre Blais a même dû se défendre que cette démarche ne visait pas à culpabiliser les familles. Or on sait pertinemment qu'un grand nombre de personnes âgées sont parquées ou abandonnées par leurs proches, ne reçoivent à peu près pas de visiteurs et passent le plus clair de leur temps les yeux rivés à la télé. Il suffit d'y passer du temps pour constater jusqu'à quel point il peut être difficile d'apporter dignité, présence et amour quand, petit à petit, la vie abandonne ceux et celles qui nous l'ont donnée.
L'organisme DrClown n'est qu'un bien faible baume sur une plaie vive, celle de la solitude et de l'absence de stimuli. Que des établissements s'allient à «des artistes professionnels, spécialement formés, intégrant ainsi des clowns thérapeutiques www.drclown.ca/francais/clown.htm à l'humanisation des soins», s'inscrit dans un ensemble d'approches qui ne seront jamais mutuellement exclusives, mais bien complémentaires.
Bien entendu, cela ne comblera pas les carences observées depuis plusieurs années à tous les paliers de notre système de santé et on sera toujours tenté de pointer du doigt l'une ou l'autre solution quand d'autres problèmes fondamentaux n'ont pas été réglés.
La facilité, c'est d'en faire les gorges chaudes quand on sait pertinemment que les problèmes sont beaucoup plus complexes.
L'approche bénévole
Parmi les outils dont nous disposons pour meubler un moment la solitude et l'abandon de nos personnes âgées, il ne faudrait pas oublier le bénévolat. Nombre de retraités, jeunes et moins jeunes, ne demandent pas mieux que de mettre leur talent ou leur hobby au service des aînés dans nos centres d'hébergement et de soins de longue durée ou dans les résidences privées. Ce sont, par exemple, des musiciens, des artistes ou des poètes qui ont du temps et de la passion à partager pour combler la souffrance, l'isolement, la solitude ou la détresse.
Il existe, par exemple, en France un organisme «Musique et santé» qui, depuis 1998, «oeuvre pour la promotion et la diffusion de la musique vivante en milieu hospitalier et dans les structures d'accueil des personnes handicapées.» Pourquoi ne pas mettre sur pied un organisme ou une structure de coordination et d'action similaire en Outaouais?
Notre région regorge de musiciens et d'artistes qui pourraient ainsi ensoleiller un quotidien rendu parfois bien triste et encore plus douloureux par la maladie ou la solitude. Il s'en trouvera sans doute pour affirmer qu'il y a d'autres priorités. Pourtant un musicien qui apporte une heure d'évasion et de rêve dans une résidence pour personnes âgées fait, à sa manière, une oeuvre thérapeutique.










