L'arbitre sera le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. Il est sage que le CRTC prenne son temps pour bien étudier cette question à fond et ne cède pas au chant des sirènes des réseaux de télévision et des câblodistributeurs qui tentent de nous faire croire que le déluge est pour demain.
Un paysage en évolution
Depuis 20 ans, trois phénomènes ont profondément modifié le paysage télévisuel de l'après-guerre. Jusque dans les années 1980, les consommateurs n'avaient comme choix de base que les antennes de Radio-Canada, en anglais et en français, puis des antennes privées, qui se sont regroupées en réseau: TVA au Canada français, CTV au Canada anglais. Global s'est ajouté par la suite, et TQS au Québec. Parallèlement, l'industrie de la câblodistribution a offert aux Canadiens l'accès aux chaînes américaines.
L'univers télévisuel a commencé à changer avec l'arrivée de chaînes spécialisées, dans les années 1980. Au Canada, le CRTC a même mis en place une mécanique spéciale par laquelle les chaînes spécialisées comme RDS et son pendant anglophone TSN, puis des chaînes d'intérêt comme Historia, Discovery, Food Network,etc. obtenaient une redevance automatique des câblodistributeurs. L'objectif louable du CRTC, à l'époque, était d'assurer des revenus aux spécialisées pour supporter la comparaison avec leurs équivalentes des États-Unis. Ces derniers ont réuni des groupes de chaînes en «bouquets» que le téléspectateur achetait. Les câblos s'en sont servis pour se bâtir d'impressionnantes listes d'abonnés qui leur versent des dizaines de dollars à chaque mois.
Ils ont toujours inclus dans leurs bouquets de chaînes les stations locales. Elles n'ont jamais rien perçu pour voir leur signal redistribué via le câble. Radio-Canada non plus.
Les défis du web
La popularisation d'Internet, à partir de 1995, a tranquillement érodé les cotes d'écoute. Au point où des milliers de jeunes, aujourd'hui, ont des habitudes d'écoute télévisuelles radicalement différentes de leurs parents: ils n'observent plus nécessairement les rendez-vous à heures fixes des générations passées, où elles devenaient des cibles captives pour les publicitaires. Ils écoutent via Internet des émissions sans publicité, à loisir. Les stations doivent s'ajuster à ce nouveau paysage... tandis que les câblos perdent peu au change parce que c'est souvent eux qui vendent l'accès Internet. Ce qui est perdu d'un côté est repris de l'autre.
Ces deux phénomènes constituent des défis structurels pour les télés traditionnelles. La récession qui nous ébranle constitue, quant à elle, un défi supplémentaire, mais ponctuel. Les télévisions locales tentent de profiter d'un phénomène ponctuel pour convaincre le CRTC d'imposer des changements structurels à leur modèle d'affaires.
Le CRTC a donc raison de se laisser tirer l'oreille et de prendre tout son temps pour étudier l'industrie à fond. Parce que les nouvelles pratiques qui émergeront de l'époque trouble que nous traversons ne seront pas passagères.
C'est pour ça qu'elle a annoncé récemment que le renouvellement des licences des télévisions se ferait sur une base de court terme (un ou deux ans), plutôt que sept.
La santé des chaînes spécialisées canadiennes ne fait pas de doute: elles ne devraient plus bénéficier de la même protection que lors de leur naissance. C'est la seule chose qui est limpide pour le moment.










