Dans le cadre d'une tournée au Nunavut, lundi, on l'a vue donner un coup de main à une Inuit qui dépeçait un phoque. Elle lui a offert un petit morceau du coeur et l'a dégusté, réagissant favorablement.
« J'ai seulement fait preuve de respect, a dit la gouverneure générale. C'est quelque chose de très naturel et cela devrait toujours l'être. »
D'autres ne partageaient pas cette vision des choses. Une porte-parole de Humane Society International, Rebecca Aldworth, a qualifié les gestes d'« inappropriés et d'offensants », visiblement insensibles au fait que les peuples nordiques mangent de la viande crue depuis des millénaires, tout comme plein d'autres populations, au Japon notamment, friand de poisson cru, et en Europe, avec le tartare de boeuf ou, plus traditionnellement, de cheval.
Des critiques mal informés, ou rapides à sauter aux conclusions, ont fait un lien entre la chasse de subsistance que pratiquent les Inuits, et la chasse commerciale pratiquée dans l'est du Canada, et qui vient de faire l'objet d'une interdiction de commerce par l'Union européenne. Ce sont les mêmes bêtes et le même pays, mais les deux pratiques n'ont pas la même finalité, ce qui fait toute la différence.
Mais les mouvements animalistes radicaux ne font pas dans la nuance, et n'ont pas pigé celle-là. Là encore Mme Aldworth est coupable, voyant dans le geste une « tentative répugnante » de légitimer la vente de produits du phoque. Ils peignent tous ces chasseurs d'une même teinte alors qu'ils sont eux-mêmes d'horizons divers. Entre ceux qui respectent tant les animaux qu'ils se refusent d'en manger la chair ou leurs produits - les oeufs, le fromage, par exemple - et ceux qui luttent contre les traitements douloureux infligés à certains animaux (volailles en cage, « usines » de reproduction de chiots, etc.), il se trouve une énorme zone grise dans laquelle chaque citoyen se trouvera plus ou moins à l'aise.
Ottawa n'est pas à l'abri de ces militants qui utilisent des manières qui s'apparentent à du terrorisme alimentaire. Un groupe appelé « Ottawa Animal Defense League » a récemment entrepris une campagne pour lutter contre le foie gras de canard ou d'oie, une délicatesse servie dans les meilleurs restaurants, réalisée à partir du foie de bêtes soumises à une pratique appelée le « gavage ». Dans les semaines qui précèdent l'abattage, l'éleveur force la consommation de maïs par les oiseaux en leur massant le cou pour qu'ils mangent plus que d'habitude. Ce procédé imite un processus naturel où les oiseaux migrateurs se gavent et accumulent des graisses avant de quitter vers des cieux plus cléments.
Entre février et avril, des militants d'Ottawa Animal Defense League ont entrepris des manoeuvres d'intimidation contre certains établissements. Ils ont ciblé le restaurant Domus, et ont tenu une manifestation devant l'entrée de la rue Murray. Au cours de la même période, ils ont aussi, à plusieurs reprises, distribué des feuillets parlant de « torture » d'animaux aux consommateurs qui se rendaient au restaurant Play Food & Wine, sur la rue York.
Ils ne seraient qu'une douzaine, selon ce qui a été rapporté dans les médias, mais ils ont été efficaces. Les restaurateurs John Taylor, de Domus, et Stephen Beckta, de Play, ont déjà baissé pavillon. Ils ont laissé savoir qu'ils cessaient de servir du foie gras, voulant s'éviter des ennuis. D'autres restaurants sont sur la liste d'Ottawa Animal Defense League.
Ces basses tactiques sont indignes d'un débat éclairé dans une démocratie comme la nôtre. Cela nous fait regretter les méthodes utilisées à Chicago, en 2006, ou au moins les animalistes ont porté leurs pressions sur le conseil municipal qui a interdit le foie gras dans toute la ville par un vote de 48-1. Un vote de reconsidération, en 2008, s'est soldé par un résultat tout à fait différent : 37-6 en faveur du foie gras. Mais, au moins, il y a eu là un débat public. À Ottawa, l'intimidation règne. Mais pas chez la gouverneure générale, au moins.










