Certains observateurs croyaient que M.Ignatieff dévoilerait son jeu hier. Il ne l'a pas fait, ou du moins, pas comme on s'y attendait. Il a plutôt abattu quatre conditions en retour desquelles il tente de monnayer l'appui de son Parti libéral. Ce sont: un plan de sortie du déficit, un compte rendu précis sur les dépenses d'infrastructures, du mouvement dans le dossier d'assurance-emploi et un plan pour garantir un approvisionnement en isotopes médicaux pour les Canadiens. Ce dernier thème n'ayant rien à voir avec un éventuel vote sur les dépenses fédérales d'infrastructures, le premier ministre Stephen Harper l'a vite balayé sous le tapis, prétextant que son gouvernement faisait tout en son pouvoir pour régler le dossier séparément.
Les interrogations de M.Ignatieff sont légitimes, mais le gouvernement de M.Harper y a déjà pas mal répondu. Quand le ministre des Finances, Jim Flaherty, a annoncé la dernière hausse du déficit budgétaire à 50 milliards, il a réitéré que le plan d'élimination du déficit d'ici 2013 demeurait en place. Nous avons de la difficulté à y croire et de toute évidence, M.Ignatieff aussi. Mais ce dernier a l'air un peu bizarre en faisant l'une de ses conditions d'appui. Sur la question de l'assurance-emploi, les deux hommes ont des vues très divergentes: elles sont connues. M.Ignatieff veut faciliter l'accession à l'assurance-emploi, aider les nouveaux chômeurs à se qualifier aux prestations. M.Harper a pris le problème à l'inverse: il a prolongé la période d'admissibilité de manière à ce que les prestataires d'assurance-emploi puissent en recevoir plus longtemps, compte tenu des difficultés à se trouver de l'emploi en période de crise économique. M.Ignatieff répète aussi qu'il voudrait que le plancher minimum de semaines de travail pour atteindre l'admissibilité soit ramené à 360heures au cours de la dernière année. M.Harper refuse catégoriquement, préférant garder le présent système qui prévoit des planchers différents selon les régions du Canada. Franchement, cette position nous semble plus logique.
Enfin, il y a la question du compte rendu des dépenses d'infrastructures. Pendant des semaines, les conservateurs ont cherché dans les cartons des trois paliers de gouvernement des projets prêts à démarrer. Shovel-ready, comme disent les anglophones. Ils n'en ont visiblement pas trouvé tant que ça parce que ça paraîtrait dans les statistiques de l'emploi au Canada. Il reste qu'on ne dépense pas des milliards de dollars en criant ciseau. Il faut des idées qui répondent aux besoins de la population prenez la nouvelle École des métiers de La Cité collégiale à Orléans, par exemple , des critères d'admissibilité, des ententes avec les autres gouvernements, des plans précis, des appels d'offres, tout le tralala. Il était tout de même illusoire de croire que tout pourrait se faire à la vitesse de l'éclair. Si le gouvernement Harper avait appuyé un investissement majeur dans un nouveau système de train à grande vitesse dans le couloir Québec-Windsor par exemple, comme LeDroit le favorisait avant le budget fédéral, pour faire une véritable différence pour des générations à venir on ne serait pas en train de fixer des rails ces jours-ci. C'est pourquoi il faut donner un peu de corde aux conservateurs dans ce domaine, malgré notre impatience à voir l'économie redémarrer.
Hier, les Canadiens ont pu voir la partie de poker Ignatieff-Harper commencer sous leurs yeux. Ouverture de M.Ignatieff. Réplique de M.Harper. Réaction de M.Ignatieff. Ça sera ainsi pour les quelques jours qui viennent. Sans dire qu'ils jouent avec l'argent de nos impôts, le bluff électoral auquel ils se livrent prouve au moins qu'ils sont les deux à la même table, qu'ils se surveillent, et qu'ils se parlent. Cela a du bon. Les chefs des deux grands partis doivent dialoguer pour diriger notre pays dans le présent climat, et dans le cadre d'un gouvernement minoritaire à la Chambre des communes. Il s'agit d'un premier pas.










