Quarante et un ans après la convention démocrate de Chicago, reprenant le leitmotiv des manifestants qui s'opposaient à la guerre du Vietnam, le président américain Barack Obama s'est adressé au gouvernement iranien pour qu'il cesse sa répression des manifestations après l'élection contestée du 12juin. Son appel est resté lettre morte puisque l'on compte de nombreuses victimes de la répression annoncée par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, appuyé par le "vainqueur", Mahmoud Ahmadinejad.
L'intervention du président Obama s'ajoutait au concert de réprobation de la communauté internationale face à un régime singulier, où théocratie, démocratie et dictature forment un mélange explosif non seulement pour l'Iran, mais aussi pour le fragile équilibre de cette région du globe. Au cours de la fin de semaine, des milliers de manifestants d'à travers le monde ont joint leurs voix aux contestations ouvertes d'une autorité qui s'enracine davantage dans le Moyen-Âge que dans une société moderne et ouverte.
Le pouvoir de l'information
En 1968 année charnière du xxesiècle , les manifestants avaient profité de la médiatisation de la convention démocrate et de la riposte musclée du maire de Chicago Richard Daley pour crier leur opposition à la guerre et leur contestation de l'ordre établi. Aujourd'hui, c'est Internet qui est devenu ce puissant outil de médiatisation et d'information quasi impossible à fermer, réglementer ou contrôler. Les autorités iraniennes ont beau fermer le robinet, il se trouvera toujours d'autres canaux. Et l'information circule dans les deux directions: on montre non seulement ce qui se passe au monde, mais on communique aux Iraniens les réactions de la communauté internationale.
Ainsi, les sites de réseautage social Facebook, Twitter et YouTube sont devenues d'imparables plateformes de communication entre les Iraniens et l'extérieur. Par exemple, Facebook et Twitter ont mis en ligne des versions en farsi, langue majoritaire en Iran. Des sites d'information comme celui de la BBC la plus importante source de nouvelles internationales de la planète sont des points de convergence où s'abreuvent les contestataires iraniens et le reste du monde. Il suffit d'ajouter le téléphone cellulaire, auquel sont abonnés 60% des Iraniens, pour que se multiplient les témoignages.
Un mouvement irréversible
La moitié de la population iranienne est composée de jeunes de moins de 25 ans. Dans leurs mains, les nouvelles technologies deviennent des acteurs incontournables et incontrôlables dans cette crise, en permettant à une société que ses dirigeants veulent hermétique de s'ouvrir sur le monde, et vice-versa. Ce mouvement est irréversible.
Le mouvement "vert" de Mir Hossein Moussavi rappelle d'une certaine façon la révolution orange de 2004, à Kiev, en Ukraine, à la suite du deuxième tour de l'élection présidentielle contestée par le candidat perdant Viktor Iouchtchenko et, dans une certaine mesure, la révolution des Roses en Géorgie, en 2003, qui avait mené à la démission du président Chevardnadze.
À cette époque "lointaine" pour les nouvelles technologies de l'information, ce qu'on surnomme le Web 2.0 , le réseautage social était à ses premiers balbutiements. Mais déjà, la téléphonie cellulaire se répandait comme une traînée de poudre, un bond de géant dans des pays qui n'avaient jamais mis en place un réseau fiable de téléphonie conventionnelle.
"Le monde regarde"
Avec la convergence de ces technologies et de ces innovations, "le monde entier regarde" et joue un rôle à la fois dans la médiatisation de la contestation et des événements qui l'entourent. Le monde virtuel joue ainsi un rôle dans la permanence d'un mouvement d'opposition solide, qui peut s'y alimenter en information, en appui et en légitimité.
Mais cette ouverture est à double tranchant: ces technologies sont aussi des armes "d'information et de déformation massives" pour qui sait les exploiter.
Heureusement, les forces de la liberté et de l'ouverture demeureront toujours plus fortes que celles du repli et de la dictature. Tant mieux si les technologies de l'information et les réseaux sociaux d'Internet peuvent y contribuer de façon nette et irréversible, en permettant au monde entier de regarder.










