Petite leçon sur la démocratie

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Pierre Jury
Le Droit

Les troubles qui secouent le Honduras ces jours-ci doivent nous faire apprécier la force et la solidité de notre démocratie, au lendemain de la fête du Canada.

Vu de loin, il est difficile de savoir exactement ce qui est arrivé depuis quelques années dans ce petit pays d'Amérique centrale, peu connu et peu important sur la scène mondiale. Ce qui ne veut pas dire que les récents événements ne sont pas cruciaux pour sa population.

 

La situation en bref

Petit survol: le président Manuel Zelaya est élu en 2005, issu de la droite comme ses prédécesseurs. Il est supporté par les conservateurs, mais leur tourne le dos en mettant de l'avant certaines réformes pour aider les nombreux pauvres du pays: hausse du salaire minimum et subvention aux agriculteurs, notamment. Mais son mandat de quatre ans limite son action dans le temps: il propose de lever l'interdiction de briguer un second mandat, comme le prescrit la Constitution. Entre temps, le Congrès le suspend à l'unanimité pour «violations répétées de la Constitution» et lui nomme un successeur. Parallèlement, l'armée fait irruption chez Manuel Zelaya et l'expulse.

Depuis, les pressions de la communauté internationale, incluant le Canada, se multiplient à l'effet de reconnaître en M.Zelaya le président dûment élu du Honduras.

Lui aussi a mis de l'eau dans son vin: la consultation populaire qu'il envisageait pour modifier la Constitution n'avait qu'une vocation de «sondage». Il n'avait pas l'intention de briguer un second mandat. Et tout amendement ne concernerait que les générations futures.

Tout cela nous rappelle le profond ancrage des principes démocratiques au Canada. Ici comme dans bien d'autres pays occidentaux, l'une des phrases les plus importantes le jour des élections est celle prononcée par les perdants: «J'accepte le verdict de la population.»

Anodins en apparence, ces mots ont pourtant un sens profond que nous tenons pour acquis dans nos pays où la démocratie fait presque partie des moeurs. Ils signifient que la campagne électorale s'est déroulée à peu près selon les règles de l'art, que le jour du scrutin a eu lieu sans anicroches ni tentatives de pervertir le résultat, que la population a pu exercer son droit démocratique sans pression indue, que le déroulement et le dépouillement du vote s'est fait sous l'égide d'une autorité indépendante,etc. Tout cela permet aux perdants de reconnaître leur défaite en reconnaissant que leurs idées n'ont tout simplement pas convaincu une majorité de citoyens.

La maturité démocratique

Ce continuum de principes et de pratiques électorales n'est pas donné à tous les pays, même ceux qui se réclament d'une démocratie pluraliste et ouverte. La communauté internationale en a eu un exemple récent au Zimbabwe, par exemple, où des milices violentes fidèles au président sortant Robert Mugabe ont fait un mauvais parti aux supporters de son principal adversaire, Morgan Tsvangirai.

Au Honduras, point de manipulation électorale mais un président qui, élu sous une bannière, gouverne sous une autre. Une part importante de l'électorat se sent floué et proteste à l'intérieur des voies démocratiques. Et le président de tenter de changer les règles électorales!

Au Canada, il est difficile d'envisager que la «maturité» démocratique puisse flancher à un tel point. Lorsque le premier ministre Stephen Harper a voulu modifier les règles du financement des partis politiques un projet enveloppé dans l'Énoncé économique de son gouvernement conservateur , il y a eu un tel tollé qu'il a reculé peu après. Et s'il s'était entêté? Cette perspective échappe presqu'à notre compréhension tellement elle nous est étrangère.

Manuel Zelaya, de toute évidence, n'a pas intégré les principes d'une réelle démocratie. Peu importe qu'il ait eu raison ou non. Ses excès ont mené à un autre excès, du côté de ses adversaires, l'appel aux forces militaires pour l'expulser du pays.

Cette spirale de dérapages n'a pas lieu au Canada: c'est un peu ce que des milliers de Canadiens ont célébré sans trop s'en apercevoir, hier.

 

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