Selon le sondage du groupe Strategic Council pour le réseau CTV et le quotidien Globe and Mail, publié à l'occasion de la fête du Canada, 90 % des répondants estiment vivre dans « le meilleur pays du monde ». Or, du même souffle, deux tiers des personnes sondées disent vouloir abolir la monarchie, 60 % croient le pays plus désuni qu'à la génération précédente, plus de la moitié trouvent qu'il y a trop d'immigrants et 64 % estiment que les Canadiens, en général, ne sont pas assez « patriotiques ». Et que dire de l'environnement, dont on parle moins depuis que le Canada est au banc des accusés.
Sur le plan de l'identité, le hockey et le multiculturalisme (le bilinguisme est loin derrière) dominent le palmarès des symboles canadiens, et 80 % affirment que la diversité est l'une des forces du pays. Pourtant, plus de 90 % des répondants au sondage affirment que les immigrants devraient s'adapter aux coutumes et aux valeurs canadiennes. Il y a là plus que simple apparence de contradiction. De plus, une immense majorité des Anglo-Canadiens se disent fondamentalement différents des Américains, ce qui ne les empêche pas de choisir tous les jours de consommer des produits culturels américains à la télé, au cinéma ou en musique.
Les attitudes envers la monarchie étaient sans doute prévisibles. Les jeunes générations ont peu d'intérêt pour la reine ou ses symboles. Même au Canada anglais, seulement un peu plus du tiers des répondants au sondage du Strategic Council disent ressentir un attachement à la reine ou à la Gouverneure générale. Mais ont-ils vraiment pensé à ce qu'implique une transformation du Canada en république ? À l'effort et l'argent qu'on va y engouffrer alors qu'il existe ailleurs des priorités criantes ? Il ne s'agit surtout pas ici de défendre la monarchie, mais un public mieux informé des conséquences aurait sûrement un jugement plus nuancé.
Le sondage Nanos-La Presse, publié lui aussi cette semaine, fait ressortir un manque flagrant d'information au sein de l'électorat canadien. Le sondeur Nik Nanos, voulant connaître les véritables opinions du public à l'endroit du chef libéral Michael Ignatieff, n'a pas offert de choix de réponse cette fois. Le résultat est frappant : la moitié des répondants ne sont pas en mesure de nommer une seule force ou une seule faiblesse du Parti libéral ! Ce que nous révèlent les sondages est désolant. À qui la faute ? À l'école ? Aux médias ? Au gouvernement ? À chacun de nous ? Vivement un mea culpa collectif.















