Il y avait plusieurs indices incompréhensibles, à commencer par ces quatre corps, une femme et trois adolescentes, trouvés dans une auto qui avait sombré près d'une écluse de Kingston. Aucun signe de conduite dangereuse, de marques au sol. Comme si l'auto était tombée du ciel. Depuis, quelques indices révélés permettent de pointer du doigt la famille des victimes, les Shafia, installés à Montréal. Le père des filles, la mère et le frère ont été accusés des meurtres.
L'autre victime, d'abord identifiée comme une tante, s'est avérée être la première épouse du père. Tous sont d'origine afghane, arrivés au Canada il y a deux ans d'Afghanistan, via Dubaï, dans les Émirats Arabes Unis.
Sans trop élaborer sur le sujet, l'hypothèse du crime d'honneur est soulevée par les autorités policières. Le comportement de l'aînée, entre autres, aurait été à ce point répréhensible, aux yeux du père, que l'honneur de son nom aurait été entaché. Dans certains cas passés, c'était une affaire de port du voile. Dans d'autres, des fréquentations non approuvées par la famille. La mort, dans ces cas, est une porte de sortie.
À Ottawa, cette histoire a rappelé le double meurtre de Khatera Sadiqi et de son fiancé Feroz Mangal, abattus par le frère de la jeune femme en septembre 2006. Là aussi le crime d'honneur a été évoqué.
Pendant qu'elle était sous l'emprise d'une Église toute-puissante, la famille canadienne-française craignait aussi le déshonneur amené par un fils ingrat, par une mère célibataire. Mais les moeurs ont évolué et les pressions sociales se sont allégées. Aujourd'hui, l'honneur de la famille demeure mais on n'ostracise plus en son nom comme avant. Les mésententes mènent à ce que les gens prennent leurs distances.
Il y a eu, somme toute, une évolution des pensées dans le sens où la famille et les parents ne peuvent plus imposer leurs valeurs comme avant, encore moins sous la menace. Mais cette époque n'est pas très loin de nous et il faut se garder de poser des jugements trop cassants envers des groupes ethniques aux valeurs radicalement différentes des nôtres. Nous faisions à peine mieux il n'y a pas si longtemps.
Valeurs à partager
Mais le Québec a tout de même parcouru des pas de géant au plan des valeurs, parfois pour le mieux, parfois pour le pire. Notre tissu social s'effrite, il y a une crise des valeurs et les institutions du passé (église, famille, village,etc.) ne sont plus les refuges qu'elles étaient auparavant. Mais le respect des autres, peu importe leur sexe ou tout autre critère (religion, langue, race, orientation sexuelle,etc.) ancre de plus en plus les nouvelles valeurs qui sous-tendent notre société du xxiesiècle.
Nous souhaitons ardemment que les populations immigrantes qui choisissent de vivre parmi nous partagent ces valeurs, ou du moins, fassent des efforts pour le faire. Ce voeu est légitime car la vie est plus facile dans une société plus homogène, au moins au niveau des croyances que ses membres ont en commun. Notre société moderne doit mettre en équilibre cette tendance à l'homogénéité et notre ouverture aux citoyens d'ailleurs qui souhaitent une nouvelle vie parmi nous.
Ces crimes d'honneur agissent comme autant de rappels que des tensions existent toujours. On pourrait souhaiter que les néo-Canadiens soient mieux informés des coutumes d'une société occidentale moderne comme le Canada; l'information a ses limites. Chez des gens comme les Shafia (si l'hypothèse du crime d'honneur se confirme) et les Sadiqi, nous voyons bien que l'évolution des valeurs est un chemin personnel qu'une société peut difficilement imposer à ses membres.










