Ces augmentations, qui devront tout de même être entérinées par la Régie de l'énergie du Québec, apparaissent modestes quand on les compare aux tarifs d'électricité en vigueur ailleurs au pays et aux États-Unis. Alors que la commission de l'économiste Claude Montmarquette, mandatée par Québec, militait pour la fin du « tarif patrimonial » - un prix préférentiel pour un bloc de base d'électricité consenti aux foyers québécois -, Hydro-Québec ne prévoit rien de tel dans ses prévisions à moyen terme. Les hausses prévues de 0,2 %, 1,5 %, 2,5 % et 2,5 % couvrent à peine une augmentation normale de l'indice des prix à la consommation. (À cela, il faut en toute franchise inclure une majoration de 1,2 % entrée en vigueur cette année, pour un effet total prévu de 7,9 % sur cinq ans.)
LeDroit s'est porté à la défense du tarif patrimonial qui rend l'électricité accessible à tous les foyers du Québec, particulièrement à ceux qui ont des revenus modestes. Il nous semble logique que les Québécois profitent de leur « or blanc » qu'est l'hydroélectricité comme d'autres profitent de tarifs pétroliers réduits. Parallèlement, les Québécois doivent apprendre à moins gaspiller cette ressource qu'ils sont venus à considérer comme inépuisable, tout comme Hydro-Québec doit apprendre à diversifier ses ressources énergétiques vers des méthodes plus vertes, comme l'énergie éolienne et l'énergie solaire. Ça, elle le fait déjà, avec un encouragement certain de la part des citoyens et du gouvernement du Québec.
Le plan quinquennal d'Hydro-Québec a suscité plusieurs réactions parce que la société d'État planifie une croissance des besoins énergétiques sur un horizon de 10 ans alors que la demande du marché au Québec prévoit une demande stable autour de 175 à 180 térawatts-heure. Ainsi, la société dirigée aujourd'hui par Thierry Vandal prévoit dégager des surplus de plus en plus importants, de toute évidence à être distribués sur les marchés d'exportation que sont l'Ontario, le nord-est des États-Unis et à plus long terme, vers le Midwest américain.
Ces surplus seront générés par l'intégration de 4 térawatts-heure d'énergie éolienne et le développement des projets Eastmain-1-A-Sarcelle Rupert, de la Romaine et du Petit-Mécatina. C'est là que les critiques plus pointues se font sentir : pourquoi tenir le rythme de développement si la demande intérieure n'est pas au rendez-vous ? Hydro-Québec répond justement par la volonté de répondre à une éventuelle croissance de la demande d'exportation. Et elle a tout à fait raison.
Il n'y a aucune certitude à tenter de prévoir la demande énergétique sur notre continent sur un horizon de cinq, 15 ou 25 ans. Il s'agit nécessairement d'un exercice périlleux, peuplé de voeux, d'approximation et d'anticipations qui peuvent chacun être perturbés par une série de facteurs internes et externes. Qui aurait pu d'ailleurs prévoir l'ampleur de la crise économique qui secoue les économies mondiales depuis un an ? Plutôt que d'embrouiller sa vision par la déprime économique actuelle, il faut plutôt faire acte de vision et de tenter de prévoir les grands phénomènes comme nos besoins généraux futurs, la croissance de la population, l'obligation de recourir à des énergies plus vertes, la popularité éventuelle des véhicules électriques, le prix des alternatives énergétiques, etc.
L'Ontario, par exemple, fournit un bon exemple de la demande croissante qu'il pourrait exiger du Québec. Le gouvernement de Dalton McGuinty n'a pas le choix de garder en service ses polluantes centrales au charbon parce que son réseau de centrales nucléaires n'est pas encore prêt. On peut facilement prédire qu'entre l'option d'acheter une électricité plus propre du Québec et celle d'en produire à partir du charbon, l'Ontario choisira l'importation, si le prix est compétitif. Multipliez cela par cinq, par 20 et vous avez une idée de la demande que le nord-est du continent pourrait générer auprès d'Hydro-Québec.
Cette vision comporte sa part de risques, comme toutes les autres tentatives de prévoir à long terme. Mais Hydro-Québec semble être sur la bonne voie.










