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Pierre Bergeron
Le Droit

Non coupable sur les chefs d'accusation de fraude et de trafic d'influence qui pesaient contre lui, le maire d'Ottawa Larry O'Brien est reparti souriant et soulagé du palais de justice d'Ottawa.

Il doit maintenant reprendre les rênes d'un conseil municipal notoirement dysfonctionnel qui a appris à fonctionner sans lui depuis quatre mois. Une conclusion s'impose: ce sont tous les citoyens d'Ottawa qui y ont perdu au change, incluant leur maire, blanchi des accusations mais sérieusement affaibli.

 

Le verdict du juge Douglas Cunningham, de la Cour supérieure de l'Ontario, ne laisse guère de place à l'interprétation et constitue une sévère critique de celui par qui le scandale est arrivé, l'ex-candidat à la mairie Terry Kilrea.

Ce dernier a subi une sévère remontrance du juge Cunningham qui a souligné sa propension à l'autopromotion et «à faire n'importe quoi pour rester à l'avant-scène» et le qualifiant de «témoin pas particulièrement crédible». En fait, le juge Cunningham s'est montré peu réceptif à la preuve et aux témoins présentés par la Couronne.

Un jugement en deux temps

Toutefois, son jugement doit se lire en deux chapitres. Le premier a été publié le 26juin dernier lorsque le juge Cunningham a rejeté la requête des avocats de Larry O'Brien afin d'annuler les procédures contre leur client après l'audition des témoins de la Couronne. Cette décision rejetait l'argument de la défense à l'effet que les procureurs de la Couronne interprétaient mal la loi en affirmant que d'offrir un poste à Terry Kilrea à la Commission nationale des libérations conditionnelle ne constituait pas un acte criminel. Le juge avait alors affirmé que «cette activité fasse partie de la triste réalité politique ne la rend pas moins odieuse ou criminelle. [...] Le fait que cela se produise ne rend pas cela acceptable.»

Beaucoup plus que l'acquittement de Larry O'Brien, deuxième volet de ce jugement, la décision rendue le 26juin établit clairement le caractère répréhensible d'un tel trafic d'influence que «les termes «avantages» et «bénéfices» doivent être interprétés de manière large.»

La suite des choses

Maintenant que la cour a clairement déterminé qui a gagné et perdu dans cette affaire, le prochain chapitre s'écrira à la lumière de la démocratie municipale. Il serait illusoire de croire que ce sera business as usual et que Larry O'Brien reprendra son siège, comme si de rien n'était, pour passer à d'autres choses. Il est faux de croire qu'il reste amplement de temps pour faire avancer les dossiers avant que l'on se mette en mode préélectoral.

La saga O'Brien-Kilrea dure depuis plus de deux ans. Elle a déjà sapé à la base la capacité de Larry O'Brien d'assumer son leadership, ses qualités d'entrepreneur ou de rassembleur.

Sa surprenante victoire de 2006 a été acquise sur des promesses irréalistes et irréalisables de gel des impôts fonciers, promesses qu'il a reniées près d'un mois après son élection. Il s'est embourbé dans l'affaire du train léger. Une grève des chauffeurs et mécaniciens d'OC Transpo a empoisonné la vie des citoyens pendant 53 jours.

Il est donc peu probable qu'à son retour au conseil Larry O'Brien transformera en carrosse la citrouille qui dirigeait les destinées d'Ottawa.

Libéré des entraves judiciaires qui le paralysaient, le maire O'Brien n'a guère le choix que de se refaire une beauté s'il veut postuler un nouveau mandat des citoyens qui ont tous un peu perdu dans cette saga judiciaire.

Or le temps presse pour le maire O'Brien et l'accueil du conseil sera mitigé. Il est peu probable que son succès au palais de justice va l'accompagner à l'hôtel de ville.

Ainsi, il lui reste à peine plus de six mois avant d'entreprendre une nouvelle course à la mairie et convaincre les citoyens d'Ottawa qu'il mérite un nouveau mandat en novembre 2010.

Le soulagement et la satisfaction d'avoir été clairement acquitté d'accusations de fraude et de trafic d'influence ne sont pas des garanties de succès au tribunal du peuple.

 

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