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Pierre Jury
Le Droit

En marge de son Énoncé économique de novembre 2008, le gouvernement conservateur de Stephen Harper proposait de mettre fin au financement public des partis politiques.

L'explication: il fallait économiser des sous, 28 millions$ en l'occurrence. Mais ce motif en cachait un autre, plus vil: celui de tourner le couteau dans la plaie de partis qui ne partagent pas les vues du Parti conservateur du Canada, ou qui n'ont pas obtenu les mêmes succès que ce dernier dans la collecte de fonds auprès de la population.

 

Cette proposition a soulevé un tel tollé que le gouvernement Harper a vite fait marche arrière. Il a laissé tomber sa proposition. Il fallait s'attendre à ce qu'elle revienne un jour.

(En février, un éditorial du quotidien LeDroit rappelait une condition essentielle à toute modification du financement public des partis politiques: un accord unanime des partis politiques représentés au Parlement. On ne doit pas se servir d'une position dominante à la Chambre des communes pour forcer des réformes qui désavantagent ouvertement ses adversaires, à moins qu'ils ne soient d'accord pour revoir le système.)

Un universitaire d'allégeance conservatrice a tenté de ramener le débat à l'avant-scène, la semaine dernière, en proposant un stratagème qui fait par la porte d'en arrière ce que le gouvernement Harper a échoué à faire par la porte d'en avant. Andrew Stark, un ancien conseiller politique du premier ministre Brian Mulroney, propose donc d'inclure une clause supplémentaire au mécanisme de financement des partis politiques. Cette condition? Que les partis admissibles à la manne fédérale obtiennent, par exemple, 2% du vote populaire dans au moins deux régions du pays. Ou 5% des votes dans des circonscriptions d'au moins deux provinces.

L'intolérance idéologique

L'intention de M.Stark est limpide et il l'avoue vertement: dans l'un ou l'autre des scénarios, «les conservateurs, libéraux, néo-démocrates et verts ont tous réussi cela. Seul le Bloc ne l'a pas atteint, parce qu'il ne présente des candidats qu'au Québec».

M.Stark justifie sa position en rappelant que plusieurs programmes fédéraux exigent l'appui de plusieurs provinces, notamment les amendements constitutionnels. Mais un épouvantail bien plus hideux se cache derrière ces élucubrations d'un triste calibre pour un universitaire: l'intolérance devant une position politique qu'ils ne tolèrent pas, ne comprennent pas ou ne se donnent pas la peine d'explorer. Cela ne dit pas grand-chose de leur attachement aux valeurs démocratiques.

Plusieurs conservateurs idéologiquement associés au Reform Party ont beaucoup de difficulté à tolérer la présence du Bloc québécois en politique fédérale d'abord et avant tout en raison d'une opposition viscérale à la souveraineté du Québec (sans tenter de comprendre ses supporters).

La coalition mort-née des trois partis d'opposition, l'hiver dernier, s'est avérée une goutte de plus dans leur volonté d'éliminer le Bloc québécois, coûte que coûte. La proposition du professeur Stark est la dernière salve.

S'inspirer de Mulroney

Les premiers pas de Stephen Harper à la tête du Parti conservateur du Canada ont été marqués par une volonté avouée de tendre la main au Québec. Brian Mulroney l'avait fait avec succès en 1984 et ses gains au Québec (58 sièges sur 75) lui avaient permis d'aller chercher une vaste majorité à l'échelle nationale: 211 sièges contre 40 pour les libéraux et 30 pour les néo-démocrates.

Malgré la reconnaissance de la «nation québécoise» peu importe son sens véritable , M.Harper et le Québec n'ont pas réussi à bâtir des ponts durables. Entre 2006 et 2008, le PC de M.Harper a perdu trois sièges du Québec (de 13 à 10) et 3% des votes exprimés (de 24,6 à 21,7%). L'une de ses têtes d'affiche, Michael Fortier, a été battu après avoir dénigré l'appui des Québécois pour le Bloc.

De tels éléments de réflexion devraient émerger des pistes qu'il ne se bâtira pas une base québécoise en attaquant la légitimité des bloquistes ou l'intelligence des électeurs.

Une campagne d'idées, voilà ce qui a trop souvent manqué au débat public mené par le Parti conservateur au Québec. Ce n'est pas en suivant la pensée antidémocratique d'Andrew Stark que Stephen Harper remettra son parti sur les rails dans la Belle Province.

 

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