Il était champion du monde, champion olympique, recordman mondial sur l'épreuve-reine des Jeux olympiques, le sprint sur 100 mètres. Il se riait des soupçons de dopage, rappelant à chaque fois les résultats toujours négatifs des tests qu'il subissait.
Peu doué pour la parole, le Canadien d'origine jamaïcaine s'exprimait avec ses jambes et réservait ses meilleures performances pour les grands moments. À preuve, les Jeux olympiques de Séoul.
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Il réécrivait avec une facilité déconcertante le livre des records: 9,83 secondes aux championnats du monde à Rome en 1987, puis 9,79 secondes devant toutes les caméras du monde, aux Jeux de 1988.
Y a-t-il un parallèle à faire avec Usain Bolt?
Des éléments similaires
Les deux athlètes ont de toute évidence plusieurs éléments en commun. Bolt est de Jamaïque, lui aussi, et autant que le Canada en 1988, la Jamaïque domine les épreuves de sprint en athlétisme. Derrière Johnson, il y avait Angella Taylor-Issajenko et Mark McCoy, notamment.
Usain Bolt peut compter sur Asafa Powell, qui a détenu le record du monde avant Bolt. Bolt et Johnson dominaient à ce point qu'ils ont, dans leurs plus grandes épreuves respectives, ralenti vers la fin; Johnson avait levé le bras et le doigt en signe du numéro1, Bolt ouvert les bras comme pour embrasser l'arrivée.
Ben Johnson a rapidement dû déchanter. Dans les heures qui ont suivi la remise des médailles du 100m à Séoul, la nouvelle du test positif s'ébruitait et il devait remettre sa médaille d'or. Après un long épisode de déni, il y a finalement eu aveu devant la commission d'enquête de feu le juge Charles Dubin.
Usain Bolt n'en est pas là , absolument pas. Il est au sommet du monde comme l'a brièvement été Ben Johnson pour une brève année entre les championnats du monde de Rome en 1987 et les Jeux de Séoul, l'année d'après.
Bolt a gagné le sprint aux Jeux olympiques (de Beijing, en 2008) avant de remporter celui des championnats du monde à Berlin, en fin de semaine. Dans son cas, aucun soupçon avoué. Il prétend être propre et avoir passé sans souci plusieurs tests de dopage, mais il y a des agissements douteux qui surviennent près de lui, comme ces cinq athlètes jamaïcains convaincus de dopage, dont deux sprinters de l'équipe du relais 4x100 m.
Des athlètes différents
Ben Johnson était court et trapu, et le stéroïde Stanazolol qu'il a utilisé pendant des années lui avait permis de développer une musculature hors du commun, ce qu'encourageaient les techniques mises de l'avant par l'entraîneur Francis. L'idée était qu'il fallait des muscles puissants pour propulser le corps hors des blocs de départ, et que le rythme final était aidé par un torse et des bras bien développés.
Usain Bolt est physiquement à l'opposé de Johnson. Son corps grand et mince et ses jambes élancées lui permettent des enjambées spectaculaires et, comme Johnson, des records insoupçonnés: 9,69 secondes à Beijing et 9,58 à Berlin.
Des performances surhumaines, estiment certains.
Et si c'était le cas? Et si Usain Bolt était... un peu plus qu'un être humain ordinaire, c'est-à -dire aidé par les laboratoires de physiologie sportive? Poser cette question, voire émettre un doute, aujourd'hui, c'est outrepasser les bornes, manquer de respect, peindre de noir un athlète dont le sourire et l'attitude désinvoltes permettent enfin de tourner la page, 21 ans après Ben Johnson.
Usain Bolt est bon depuis son adolescence, disent ses défenseurs. Certes mais ses temps sur 200m (sa principale épreuve) ont semblé plafonner autour de 19,90 secondes entre 2004 et 2007: c'est une série de performances moyennes (après Rome) qui avait convaincu Ben Johnson d'augmenter la dose avant Séoul... ce qui a mené à sa disqualification.
Depuis deux ans, Bolt accélère de façon inexpliquée, tant sur 100m que 200m, une demi-seconde de moins en deux ans, une amélioration soudaine approchant les 20%, alors que les recordmans avant lui égrenaient les records à coups de centièmes.
Et si c'était la méthode Ben Johnson qu'Usain Bolt utilisait?
Personne ne le souhaite. Mais les Canadiens sont peut-être mieux placés que d'autres pour mettre en garde des qualificatifs de surhumain que l'on affuble aux athlètes comme Usain Bolt...
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