Marc Bureau dans ses droits

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Pierre Jury
Le Droit

Aurèle Desjardins s'offusque de certaines publicités dont se sert le maire sortant Marc Bureau. Cette réaction n'est pas étonnante de la part d'un candidat à la mairie de Gatineau; c'est même son silence à ce sujet qui aurait été suspect. Cela démontre que M.Desjardins a bien appris le métier de politicien pendant ses 10 années passées à la table du conseil.

Mais il demeure que Marc Bureau est tout à fait justifié de s'arroger la paternité du futur centre sportif... ce sont les citoyens qui jugeront de cette affaire. De la même manière, M.Bureau est tout à fait justifié de tenir un discours qui frôle le bilan politique dans un bulletin municipal distribué par la Ville de Gatineau à tous les foyers.

 

Ces deux manières de faire représentent ce que l'on pourrait appeler «la prime des élus sortants». Ils connaissent les rouages de la machine municipale, ils peuvent utiliser divers véhicules promotionnels ou publicitaires qui peuvent embrouiller la perception du public: le citoyen averti est en droit de se demander si certaines publications officielles de la ville ne deviennent pas autant d'outils politiques. Pour cela, le Directeur général des élections du Québec veille au grain et de façon générale, les politiciens sortants ne veulent pas se faire accuser par les autorités québécoises d'avoir utilisé des publications municipales à des fins partisanes. Ça donne mauvaise réputation...

Mais cette prime à l'élu sortant est également assortie d'une «taxe spéciale», si l'on peut dire. Un déficit qui vient parfois annuler tout avantage que peut procurer la prime: il s'agit du bilan depuis la dernière élection.

Car si le maire Bureau tente de se donner une paternité quelconque du centre sportif, il a aussi un bilan à défendre auprès de l'électorat.

Dans son dépliant de campagne, M.Bureau se présente comme un bâtisseur qui a rempli ses promesses électorales de 2005: centre sportif, 150000 arbres, couloir de transport en commun Rapibus,etc. D'autres auront une lecture différente de son administration: gaspillage dans le dossier de l'ex-vérificatrice générale Sophie Lachance, manque de vision, services de proximité déficients (déneigement, nids-de-poule), non-règlement des négociations avec les policiers et les pompiers,etc.

Le comité de campagne derrière Marc Bureau fait tout en son pouvoir pour présenter son candidat sous le meilleur jour possible. Voilà qui est tout à fait normal. Le comité d'Aurèle Desjardins, et celui du troisième candidat à la mairie, Tony Cannavino, fait de même. C'est l'essence de la joute politique dans notre démocratie municipale.

Bilan positif ou négatif? Les citoyens décideront le dimanche 1ernovembre, jour de l'élection.

Et puis, les prétentions de M.Bureau dans ses documents officiels n'ont rien de bien nouveau. Il n'est pas le premier politicien à tenter de prendre le crédit d'une initiative. Tout le monde tente de tirer la couverture de son côté. Il y a quelques mois à peine, le député bloquiste de Gatineau, Richard Nadeau, a été accusé de faire de même avec le mur antibruit le long de l'autoroute 50. Dans l'opposition, M.Nadeau n'a certainement jamais signé de chèque ou donné d'ordre à l'administration fédérale pour que se réalise ce mur. À vrai dire, il a porté le message de ses commettants auprès des élus au pouvoir, faisant ainsi son travail de député.

De la même manière, en retournant un peu plus loin dans le temps, à qui doit-on le crédit de la réalisation de l'hôpital de Gatineau? Au député du Parti québécois Jean Alfred, qui a convaincu le gouvernement de René Lévesque de doter Gatineau d'un nouvel hôpital, ou son successeur libéral John Kehoe qui était en poste au moment de l'ouverture en 1983?

Marc Bureau a été à la bonne place, au bon moment. Assez longtemps du moins pour ajouter le centre sportif aux réalisations de son premier mandat à la mairie de Gatineau. Il reste à voir s'il sera là lors de l'inauguration du centre sportif, l'automne prochain. Car la première pelletée de terre et la coupure du ruban qui officialise l'ouverture d'un lieu sont les deux moments qui passent vraiment à l'histoire. Entre les deux, ce ne sont que des étapes. Et tout le monde peut prétendre ce qu'il veut entre le début et la fin!

 

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