Une vaste machine électorale se met en marche, de la confection des bulletins de vote à leur distribution dans des milliers de bureaux de scrutin, jusqu'au dépouillement sous haute surveillance. Pendant que s'organise l'expression du vote comme tel, les candidats parcourent le territoire pour rencontrer les électeurs et faire connaître leurs programmes.
Au Canada et dans bien des démocraties, tout cet exercice se fait de façon limpide, transparente... et sans histoire. Comme si tout allait de soi. Puis l'Afghanistan vient nous rappeler que rien, justement, ne va de soi. Que chacune de ces briques qui forment le mur de la démocratie a mis du temps à se mouler, que l'assemblage des briques est le tribut d'une histoire aussi longue que le mur sera solide. Et, entre toutes ces briques, le ciment qui fait tout tenir ensemble est moulé par le peuple qui accepte de n'être qu'une pâte, mais une pâte sans laquelle tout s'écroule.
L'Afghanistan a fait des pas de géant depuis qu'il a émergé de la noirceur du régime des Talibans, en 2001. Tenir une élection présidentielle dans un pays aussi populeux que le Canada, sur une surface plus grande que la France, voilà qui requiert une préparation poussée et une volonté collective commune. De toute évidence, ces éléments ne sont pas présents. Au cours des derniers jours, alors que la campagne présidentielle s'achevait et que la date du vote approchait, les menaces se sont intensifiées. Phénomène qui nous est totalement étranger aujourd'hui, à nous des vieilles démocraties, que ces menaces de représailles auprès de la population ordinaire. Le contrôle des voteurs se faisant en trempant le doigt dans une encre qui ne s'efface que difficilement, des forces talibanes ont averti que quiconque se rendrait aux urnes pourrait se faire couper le doigt.
Au Canada, nos élections sans souci de représailles physiques ont peine à attirer plus de 60% des électeurs et plusieurs d'entre eux boudent les votes parce qu'ils ne voient pas comment l'expression de leur devoir de citoyen pourrait changer les choses.
Comment pourrait-on blâmer les Afghans de ne pas agir avec courage devant de telles menaces, et devant un parterre électoral qui comptait pas moins de 41 candidats à la présidence à un moment donné? (Plusieurs ont retiré leur candidature pour se rallier auprès des principaux favoris, dont le président sortant Hamid Karzaï, souvent dans l'espoir d'une nomination politique ultérieure.) Plus des trois-quarts de la population habitent les régions rurales, souvent montagneuses, toujours passablement coupées des préoccupations de la capitale, Kaboul. De fait, la commission électorale a prévu plus d'ânes que de véhicules pour arpenter les voies d'accès plus périlleuses...
Le président Karzaï est toujours sur les rangs. Les Canadiens se souviennent peut-être qu'en visite officielle en 2006, il avait livré un vibrant plaidoyer devant le Parlement pour appuyer la mission canadienne en Afghanistan, où nos militaires tentent sans réel succès d'amener la paix dans la région de Kandahar, à 400km de la capitale, mais où sévissent des conditions périlleuses en comparaison à Kaboul. De fait, depuis le séjour de M.Karzaï, le Canada a perdu 100 soldats de plus...
Hamid Karzaï demeure le favori. Sous sa gouverne, les avis sont partagés quant aux progrès de l'Afghanistan. Sur le terrain, les Afghans, eux, semblent assez unanimes à constater le peu de progression de la paix et de la reconstruction de leur pays. Mais la politique ne se vit pas qu'au diapason de l'opinion publique. L'argent, l'organisation, les fraudes électorales, tout cela semble autant compter que le voeu du peuple.
Les résultats se feront attendre. Mais le peuple afghan est patient dans son impatience. Depuis 1979, les régimes se succèdent et le pays stagne. Mais les Afghans gardent espoir...










