Lutte pour le coeur des électeurs

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Pierre Jury
Le Droit

L'actualité politique évolue presque d'heure en heure ces jours-ci, avec la perspective d'une élection qui pourrait se déclencher dès ce vendredi.

Hier, les conservateurs ont déposé des modifications au régime de l'assurance-emploi qui sont évidemment destinées à alléger le fardeau des chômeurs du pays. Mais en filigrane, tous ceux qui suivent la politique devinent que ce dernier projet est pensé avec l'objectif de couper l'herbe sous le pied des libéraux qui réclamaient de telles mesures depuis des mois.

En compagnie de sa collègue Diane Finley, responsable des Ressources humaines, le ministre fédéral du Revenu Jean-Pierre Blackburn a présenté hier un train de mesures supplémentaires qui pourraient permettre à quelque 190 000 nouveaux chômeurs de toucher entre 5 et 20 semaines supplémentaires de prestations d'assurance-emploi.

Et la Chambre des communes sera appelée à voter sur ces clauses... même si certains spécialistes de la procédure soutiennent qu'elle n'avait pas à le faire puisque ce ne sont que des procédures administratives. Mais comme elles ont une incidence financière considérable - le gouvernement estime à 900 millions de dollars le coût potentiel de cet assouplissement -, les conservateurs y sont allés via un projet de loi, ce qui forcera l'Opposition à voter.

Si libéraux, bloquistes et néo-démocrates devaient voter contre cette motion, le Canada serait propulsé dans une autre campagne électorale, un an après celle de septembre 2008, et la quatrième en cinq ans.

Et les troupes de Stephen Harper s'amuseraient à répéter sur toutes les tribunes que ce sont leurs méchants adversaires qui ont fait tomber un gouvernement qui veut aider les chômeurs. Les conservateurs comme gardiens des intérêts des Canadiens bafoués par la crise économique, les autres comme comploteurs d'une élection dont les citoyens ne veulent pas. Les clans sont faciles à départager.

Mais ça ne se passera peut-être pas comme ça. Dans les heures qui ont suivi le dépôt du projet conservateur, le Nouveau parti démocratique a envoyé des signaux concrets qu'il pourrait bien se ranger derrière les conservateurs lors du vote de vendredi. Ce qui sauverait la peau des Bleus.

« Cette proposition est très sérieuse. Si on en croit le gouvernement, elle aidera les gens gravement touchés, a dit le député néo-démocrate d'Ottawa-Centre, Paul Dewar. Si le gouvernement présente des mesures qui vont aider les Canadiens les plus touchés par la crise, nous serions irresponsables de ne pas soutenir ces mesures. » Il faisait écho aux propos de son chef, Jack Layton, qui laisse entendre sur toutes les tribunes, depuis quelques jours, que le message des Canadiens est clair : ils veulent un Parlement qui fonctionne.

Les néo-démocrates voulaient un régime d'assurance-emploi plus accessible et des indemnités plus généreuses. Les conservateurs viennent de répondre à leurs deux souhaits.

Rien n'est encore gagné et il faudra attendre le jour du vote. Mais Stephen Harper vient de bouger une pièce d'importance sur l'échiquier politique et en avançant cette initiative, il reprend le leadership que lui avait ravi, un bref moment, Ignatieff et ses libéraux.

L'objectif des conservateurs est évidemment d'éviter une élection cet automne. Si elle devenait inévitable, qu'ils n'aient pas été les responsables de son déclenchement. Avec cette avancée, les troupes de M. Harper gagneraient des mois, car la prochaine « fenêtre » électorale serait le budget fédéral, en mars ou avril soit après les Jeux olympiques de Vancouver, qui se terminent le 28 février.

Dans cinq mois, l'économie canadienne devrait être sortie de la récession, du moins l'espère-t-on. Les conservateurs pourraient se targuer d'avoir présenté le bon plan de lutte à la crise. Restera par la suite la lutte au déficit que les énormes dépenses ont provoqué.

Stephen Harper serait alors bien placé pour demander la confiance des Canadiens pour mettre en oeuvre la seconde partie du plan: redresser les finances publiques.

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