Dans les années 1990, le Parti libéral a été tiraillé par des luttes intestines entre les clans de Jean Chrétien et de Paul Martin. Elles ont éclaté au grand jour au début des années 2000, menant à la retraite de M.Chrétien et l'accession de son ministre des Finances à la direction du parti.
La bisbille a continué pendant les années Martin au point où, finalement, ce sont les libéraux qui ont perdu le pouvoir à force de se faire des jambettes entre eux, notamment via la commission Gomery.
L'interrègne qui a suivi, celui de Stéphane Dion, a fourni la preuve que les tensions existaient toujours entre deux clans: ceux de Michael Ignatieff et Bob Rae. Ils ont été incapables de s'entendre et M.Dion s'est faufilé. Cela a duré jusqu'à l'hiver dernier, quand M.Rae s'est désisté de la course à la direction de son parti à la faveur de son ancien collègue de classe. M.Ignatieff a ainsi été couronné en mai dernier.
Depuis, les Canadiens auraient pu croire que les querelles internes étaient terminées. Le geste de M.Coderre montre que ce n'est pas le cas.
Résumons le sujet de bisbille rapidement. La circonscription d'Outremont a longtemps été un des joyaux du Parti libéral. Martin Cauchon l'a détenu pendant l'ère Chrétien et son départ a mené à l'étonnant revers des libéraux au profit du néo-démocrate Thomas Mulcair en 2007. Une des vedettes montantes du PLC, M.Cauchon aurait signifié à Bob Rae qu'il avait appuyé lors de la course à la direction en 2006 son intérêt à revenir en politique au cours de l'été.
On ignore ce qu'en pensait vraiment Denis Coderre, le lieutenant du PLC chargé de trouver les 75 candidats au Québec. Ignorait-il les intentions de M.Cauchon? Tentait-il de lui barrer la route? Concilier les intérêts de ces deux hommes fiers au sein d'un même parti n'est pas chose facile. Quand les aspirations de M.Cauchon ont été connues, M.Coderre a signifié que la circonscription d'Outremont avait plutôt été réservée à un candidat de prestige, une femme en l'occurrence, Nathalie Le Prohon.
Le bras-de-fer s'est soldé par un gain pour M.Cauchon, alors que MmeLe Prohon serait promise à un comté voisin. Ainsi en a décidé Michael Ignatieff. M.Rae l'a-t-il convaincu? Jean Chrétien, qui a de l'estime pour M.Cauchon, a-t-il joué un rôle là-dessous?
Cela s'est fait, de toute évidence, à l'encontre de l'autorité de Denis Coderre. Il a été désavoué par son chef. Il aurait pu rentrer tête baissée, mais c'est mal connaître l'homme. Il a mis certaines aspirations de côté et a respecté ses principes. À ce jeu, on perd peut-être à court terme, mais on gagne à long terme. Il a ainsi remis sa démission à titre d'organisateur principal du PLC au Québec.
Non seulement quitte-t-il, mais il le fait en claquant la porte en pointant du doigt l'influence de Toronto sur les affaires québécoises. Une accusation facile peut-être factice qui sert bien Denis Coderre, qui se fait encore davantage le champion du Québec en disant cela.
Même si M.Coderre lui a été un fidèle soldat dans ses rangs dans le passé, Michael Ignatieff lui en voudra, c'est certain. À brûle-pourpoint, il n'a même pas un autre candidat pour le poste. Il s'agit pourtant d'un emploi-clef quand les rumeurs d'élection noircissent les journaux. C'est d'autant plus embêtant quand c'est M.Ignatieff lui-même qui nourrit ces rumeurs en orchestrant le dépôt d'une motion de non-confiance à l'endroit du gouvernement Harper.
Le Canada pourrait se retrouver en élections d'ici quelques jours, si tous les partis refusent de montrer de la bonne volonté plutôt qu'agir par partisanerie et machisme. Des élections dont personne ne veut vraiment... sauf M.Harper qui est persuadé qu'une majorité est à sa portée.
Alors que tous les libéraux devraient s'aligner sur le même message, ils reprennent leurs chicanes internes.
Bien mauvais synchronisme pour un chef envers qui les sondages indiquent une stratégie de surplace depuis l'été.










