Il est à souhaiter que Rio de Janeiro l'emporte.
Selon certains spécialistes, elle serait la favorite, mais cela n'est un gage de rien; l'histoire a démontré que plusieurs revirements surviennent lors de ces rondes successives de votes où, à défaut d'une majorité de 50% plus un, les membres du CIO expriment leur préférence tandis que la ville en dernière place est éliminée de la ronde suivante.
La journée du vote se déroule un peu comme un congrès à la direction d'un de nos partis politiques. Les villes candidates prennent la parole une dernière fois et les électeurs sont la cible d'intenses pressions.
À une époque, ces manoeuvres pouvaient s'accompagner de faveurs tangibles et intangibles: un parent du membre du CIO inscrit à une école privée du pays hôte, des voyages «d'inspection» en première classe, peut-être même davantage. Un train de réformes, mises en place depuis une dizaine d'années, aurait grandement nettoyé les pratiques dans l'environnement olympique.
Mais les enjeux demeurent gigantesques et les votes glissent souvent d'une ville à l'autre, selon les rondes. Un mot bien placé peut parfois suffire à influencer un membre du CIO. C'est pourquoi chaque ville hôtesse multiplie les efforts, particulièrement pendant les derniers jours, pour séduire une dernière fois.
Pour appuyer Chicago, les États-Unis y sont allés de toute la gomme, cette semaine, dépêchant à Copenhague Oprah Winfrey, Michael Jordan... et le président Barack Obama. Rio de Janeiro peut compter sur le président du Brésil, Lula da Sylva... et la légende vivante du soccer, Pelé.
Ces «ambassadeurs» ne peuvent garantir une victoire, mais ne peuvent faire de tort.
Au final, la ville qui l'emportera devra allier capacité logistique d'accueil (stades, aéroport, hébergement, village olympique,etc.) et ressources financières. Enfin, nul membre ne votera pour une ville dont la candidature olympique ne génère pas un large consensus au sein de la population locale. Vancouver l'a appris à ses dépens avant de revenir à la charge et remporter la mise pour les Jeux d'hiver de 2010.
Depuis une quinzaine d'années, le Comité international olympique a fait preuve d'audace dans sa sélection des villes hôtesses. Beijing était une candidature controversée en 2001 et le CIO a cru que les Jeux olympiques pourraient être un vecteur de progrès social pour l'Empire du Milieu. Il est encore trop tôt pour évaluer cette volonté du CIO.
De la même manière, le CIO a montré du cran en appuyant pour les Jeux d'hiver de 2014 la ville de Sotchi, station balnéaire peu connue hors de la Russie.
Les Jeux olympiques n'ont jamais été confiés à une ville du sud autre que Melbourne et Sydney, en Australie. Il est temps que le monde olympique reconnaisse la contribution des pays de l'hémisphère sud en confiant les JO à l'une de ses grandes cités. Un jour, l'Afrique les aura, probablement en Afrique du Sud. Avant, l'Amérique du Sud les aura et de toutes ses capitales, Rio de Janeiro est la plus méritante.
Elle n'est pas sans ses défauts. Ses quartiers pauvres illustrent l'immense fossé qui existe entre ses diverses classes sociales. Mais bien des villes du nord ne sont pas bien mieux. Il faut cesser de regarder de haut les villes de l'hémisphère sud; plusieurs ont tout autant de mérite que leurs consoeurs du nord.
En optant pour Rio, le CIO fera preuve du même cran qu'à l'époque du choix de Beijing et de Sotchi. Cela est à souhaiter.










