Évidemment, les choses n'arrivent pas aussi facilement et aussi rapidement que c'en a l'air. Cela fait des mois que la possibilité se discute en coulisses et c'est de ces démarches qu'a débouché la rencontre, vendredi dernier, entre le maire de Québec, Régis Labeaume, et le commissaire de la Ligue nationale de hockey, Gary Bettman. L'entremetteur était... Marcel Aubut, ancien président et actionnaire des Nordiques, qui avait vu à leur vente à un groupe d'investisseurs de Denver, en 1995.
Mais il ne faut pas se réjouir trop rapidement. Il manque encore deux éléments clefs avant que le fruit soit mûr à cueillir.
D'abord, un plan pour la construction d'un nouvel amphithéâtre pour remplacer le vieux Colisée de Québec, construit d'abord en 1949, puis rénové en 1979. Trente ans plus tard, toute refonte du domicile n'est pas envisageable: il y a des limites à agrandir une maison et il vient un point où il vaut mieux en construire une nouvelle que de tenter de rafistoler du vieux. Québec en est rendu là et le maire Labeaume serait sur le point de dévoiler un nouveau projet en ce sens.
Un élément facilitateur essentiel dans le dossier porte justement sur les positions des divers gouvernements qui doivent appuyer l'initiative du retour des Nordiques pour qu'elle puisse cheminer. À ce chapitre, ils ont tous changé de fusil d'épaule depuis 15 ans.
En 1995, les finances publiques du fédéral, du provincial et de Québec interdisaient tout sauvetage de l'ancien club. En 2009, malgré des déficits importants au fédéral et au provincial, l'appui financier à des projets d'infrastructure est plutôt perçu comme un support à une économie en redémarrage. Et la population, au lieu de grogner que ce sont des sous que l'on n'investira pas en santé ou en éducation, semble endosser les positions des gouvernements.
Le gouvernement du Québec est disposé à allonger une subvention de 50 millions$ pour la construction d'un futur Colisée. Le ministre fédéral du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, souligne qu'il «y a un intérêt pour nous» (son ton a beaucoup changé depuis sa prise de bec avec le maire Labeaume pendant la campagne électorale). Que Québec ait envoyé cinq députés du Parti conservateur à Ottawa aide beaucoup aujourd'hui, même s'ils sont très discrets.
L'autre élément essentiel est la présence d'un investisseur prêt à déménager une équipe existante à Québec, comme Charles Wang, qui attend depuis des années un nouveau domicile pour ses Islanders de New York. Ou bien il faut un acheteur québécois intéressé à en acheter un à un coût qui pourrait être de 200 ou 300 millions$US. Là aussi, Québec a ouvert la porte à un prêt de 100 millions$, comme il l'a fait à la famille Molson qui a racheté le Canadien de Montréal. Plusieurs croient que Pierre-Karl Péladeau, le magnat de Quebecor et acheteur déçu du Canadien, pourrait être l'homme de la situation. Il veut lancer un nouveau réseau de télévision sportive pour concurrencer RDS: la relance des Nordiques s'intégrerait bien dans son empire.
Ce dossier ne pourrait cheminer sans un autre grand virage, celui de Gary Bettman et de toute la LNH. Son flirt avec Québec représente un désaveu de sa stratégie d'américanisation en place dans les années 1980 et 1990. Le fiasco en cours à Phoenix, les soucis financiers à Long Island, en Caroline et à Columbus pointent vers une réalité à laquelle la LNH se rallie: le hockey réussira là où il a des amateurs et, à ce chapitre, Québec compte sur les fans les plus convaincus de l'Amérique du Nord.
Si une ville peut réussir son retour dans la LNH, c'est d'abord Québec. M.Bettman a mis du temps à le reconnaître mais il a finalement compris.










