Parler retraite

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Pierre Jury
Le Droit

Quelque 3000 retraités de Nortel ont manifesté sur la colline du Parlement, hier, pour exiger des changements à la Loi sur les arrangements avec les créanciers. Ils estiment qu'il est injuste qu'ils se retrouvent parmi les créanciers de dernier rang et qu'ils encaissent de lourdes réductions de leurs pensions. Ils demandent au gouvernement d'intervenir pour qu'ils soient mieux protégés.

Ces retraités ne sont pas les seuls à faire appel à l'État pour changer le présent système de pensions au pays. Ils sont des milliers, comme eux, à avoir vu leur employeur emporté par une faillite... et leur caisse de retraite avec. Au début de l'année, c'était le cas des travailleurs d'AbitibiBowater, dont plusieurs oeuvrant au «moulin», à Gatineau, qui réclamaient l'appui des gouvernements.

 

La question n'est pas facile à régler. Certaines industries sont de ressort fédéral, comme les communications ou les transports, et font appel au gouvernement à Ottawa. La plupart des entreprises tombent sous la réglementation provinciale et en appellent à l'Assemblée nationale, à Québec, ou à Queen's Park, à Toronto.

À Ottawa, le gouvernement de Stephen Harper est parfaitement conscient de la problématique des pensions au pays. Les partis d'opposition abondent tous dans le même sens et leurs chefs, Michael Ignatieff, Jack Layton et Gilles Duceppe, sont tous trois sortis, hier, pour s'adresser aux retraités de Nortel.

La présente crise a été exacerbée par la récession qui a fait chuter la valeur des investissements des caisses de retraite. Les portefeuilles ont connu des rendements nuls, ou même négatifs. Même des professionnels, comme ceux de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui gère, entre autres, des caisses de retraites d'employés de l'État québécois, ont vu la valeur de leurs portefeuilles de placement chuter d'un quart. La caisse des retraités d'Hydro-Québec a perdu presque autant: 23%. La Commission de la construction du Québec a annoncé que les prestations de ses futurs retraités seront amputées de 3,5% à 4%. Et ça continue.

Selon Ken Georgetti, du Congrès du travail du Canada, un regroupement de syndicats, la présente débâcle découle en partie de l'irresponsabilité de plusieurs entreprises qui ont négligé leurs obligations actuarielles pendant le dernier boom économique, alors qu'elles avaient les revenus pour y répondre.

Pour le futur pensionné comme celui de la construction, une légère baisse peut se comprendre. Plusieurs ont reporté de quelques mois, ou d'une année ou deux, la date de la retraite, le temps de mettre un peu plus de sous de côté, le temps aussi que les caisses de retraites se refassent un peu une santé. Mais, dans bien des cas, comme ceux de Nortel, il est presque trop tard. L'entreprise explose et des milliers d'emplois sont disparus dans la faillite. Et dans les cas les plus pathétiques, les retraités sont trop vieux, trop déconnectés du milieu du travail ou n'ont pas la santé pour chercher un nouveau boulot.

Le fédéral devra examiner une forme d'assurance des caisses de retraite en cas de faillite. Il le fait déjà dans le secteur bancaire, où les dépôts des particuliers sont protégés jusqu'à un plafond de 100000$, si jamais une banque devait fermer ses portes. Un mécanisme similaire doit être étudié, et le palier fédéral est le meilleur endroit pour le faire, car les provinces ne peuvent agir pour tous leurs citoyens en raison des juridictions de certains secteurs industriels. Cela pourrait même prendre la forme d'un gigantesque équivalent de la Caisse de dépôt et placement du Québec, mais au niveau fédéral.

L'État fédéral ne peut promettre une garantie mur à mur à tous les retraités, car certaines faillites placeraient un trop lourd fardeau sur ses épaules, au bénéfice de quelques milliers de retraités seulement. Ce serait trop injuste pour les millions de travailleurs autonomes et autres citoyens qui ne cotisent à aucun régime. Quant à la proposition des retraités de Nortel de revoir la Loi sur les faillites pour donner aux caisses de retraite une protection similaire à celle des créanciers protégés, cela paraît risqué et ne réglera que les cas des retraités d'entreprises tombées en faillite.

Le gouvernement conservateur est réceptif aux discussions. Les partis d'opposition aussi. Il est temps de repenser le système à la lumière de la dernière crise économique.

 

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