Il n'en fallait pas plus pour que des pratiques de système de ristourne et de prête-noms s'ajoutent aux plus récentes déclarations de corruption, de pots-de-vin, de collusion et d'échanges d'enveloppes brunes. Tenter de faire la lumière sur tous ces éléments à la fois relèverait de l'exploit d'où l'importance de remettre chaque élément dans son contexte.
La loi en question
La tourmente qui touche la Ville de Montréal en plus des révélations de l'ex-chef de Vision Montréal Benoit Labonté remet sur la sellette la Loi sur le financement des partis politique adoptée en 1977 par le Parti québécois. Les grands donateurs sont souvent ceux qui peuvent espérer se voir accorder d'importants contrats. Avec les années, certains ont réussi à profiter des failles, à contourner les règles et à s'enrichir aux dépens de la démocratie. La loi n'est carrément plus respectée.
Cette tempête, qui ébranle Montréal et tout le Québec dans son sillon, n'a pas été provoquée par une secousse imprévisible. Au contraire, la situation n'a rien de nouveau. Elle est connue depuis des années. Il ne faut pas se leurrer, c'est le raz-de-marée médiatique qui vient la remettre au goût du jour.
Nous pouvons nous demander comment le Québec en est arrivé là. Un rapide retour en arrière s'impose. Depuis deux ans, Québec conserve un rapport proposant d'apporter des modifications au financement des campagnes. Le Directeur général des élections avait même invité le PLQ, le PQ et l'ADQ à réfléchir afin de revoir les règles. Depuis, plus rien.
Puis, pour tenter de calmer le jeu à Montréal, le gouvernement de Jean Charest a bien fait quelques timides propositions la semaine dernière. Vendredi, le ministre Claude Béchard, responsable de la Réforme des institutions démocratiques, a indiqué qu'il entendait aller plus loin dans la révision de la Loi électorale et qu'il tiendrait des consultations sur le financement en début d'année.
Un problème plus vaste
Par ailleurs, la nouvelle escouade spéciale qui a été mise sur pied avec l'opération Marteau a sûrement du bon, mais encore vise-t-elle uniquement la criminalité dans le secteur de la construction. Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, s'est voulu rassurant en déclarant que cette escouade pourra punir et démasquer les fraudeurs. Cette solution proposée, qui n'est pas mauvaise en soi, permettra seulement de mettre la main au collet de quelques entrepreneurs. Le problème est plus vaste.
Nous sommes en droit de nous demander s'il ne s'agit pas là de la poudre aux yeux. Il est grand temps de faire table rase, mais encore faut-il démontrer une véritable volonté politique. Il est facile de comprendre pourquoi Jean Charest préfère parler de réforme de la Loi électorale et de Marteau plutôt que d'instaurer une commission d'enquête publique. Ce genre d'exercice n'est jamais payant politiquement.
Quoi qu'en pense toujours le premier ministre, une commission d'enquête est un mal nécessaire même s'il refuse encore d'accéder aux demandes de plus en plus pressantes de l'opinion publique. Personne ne veut être l'arroseur arrosé.
Il faudrait évidemment bien définir le mandat d'une telle commission, car elle risquerait de se perdre dans toutes les directions. Elle pourrait porter un dur coup aux organisations criminelles et ébranler le système en place tout en assainissant le climat. Des témoins seraient alors appelés à comparaître et par la suite, des accusations pourraient être portées.
La seule question est de savoir maintenant quand le premier ministre décidera de la déclencher. Il s'agit d'une question de confiance.
À moins d'une semaine des élections municipales au Québec, sa réponse est cruciale.










