Ignatieff met de l'ordre

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Pierre Jury
Le Droit

Michael Ignatieff traverse des jours difficiles. Ses pires depuis qu'il a été nommé chef du Parti libéral du Canada, en décembre dernier. Les sondages qui correspondaient, faut-il présumer, à une certaine lune de miel, sont retombés aux niveaux qu'avait connus son prédécesseur Stéphane Dion, que l'on a reconnu être un bon politicien mais un mauvais chef de parti.

Un coup de sonde pris au début d'octobre pris auprès de 3333 Canadiens, un très large échantillon ne donnait que 25,7% des intentions de vote aux libéraux, contre 39,7% aux conservateurs de Stephen Harper. Un vote sur quatre à la grandeur du pays, c'est aussi mauvais que M.Dion. Au Québec, le PLC sous M.Ignatieff s'est fait dépasser par les bleus, 22,2% à 21%. En Ontario, les troupes de M.Harper jouissent d'une priorité de plus de 11 points de pourcentage, 43,8% à 32,5%.

 

Vrai que les dernières semaines n'ont pas été tendres à l'endroit de l'ancien professeur d'Harvard. Il s'est empêtré dans une querelle contre son organisateur au Québec, Denis Coderre, qui lui a claqué la porte au nez, non sans lui asséner en plus quelques moufles bien senties. L'inexpérience de M.Ignatieff a paru. Pendant que M.Harper cognait aux portes d'un possible gouvernement majoritaire, si jamais des élections survenaient, le chef libéral a dû, en plus, composer avec des rumeurs de défection au sein de ses troupes.

Mais il ne fallait pas croire les pires prédictions sur le camp libéral, à l'effet que le règne de Michael Ignatieff pourrait tirer à sa fin. Ce parti, qui a longtemps agi comme si le pouvoir lui revenait de droit, s'empêtrerait avec une quatrième transition en quatre ans?

Être chef de l'Opposition est une tâche ingrate et même Jean Chrétien, qui avait pourtant l'expérience de la Chambre des communes, a vécu ses jours difficiles avant de prendre le pouvoir en 1993.

Michael Ignatieff a posé un geste important en ramenant Peter Donolo dans son entourage, hier. L'ex-directeur des communications de M.Chrétien dans les années 1990 agira à titre de chef de cabinet pour M.Ignatieff.

Il ne faut pas s'attendre à un revirement immédiat de la performance libérale. Mais M.Donolo devrait mettre fin aux querelles intestines et replacer le bateau libéral en droite ligne. Savoir réagir avec le ton nécessaire aux questions importantes, et ignorer les guéguerres de clocher. Et, à l'image d'un certain proverbe, il aura la sagesse de savoir distinguer les premières des secondes.

À Québec, Jean Charest a grandement profité d'un nouvel entourage, en 2007. Jusque-là, son gouvernement minoritaire cafouillait. Lentement, ce nouvel entourage a permis de virer l'opinion publique et a conduit à la victoire libérale, l'automne dernier. Ce qui laisse croire que l'influence de M.Donolo, s'il a encore sa touche magique, devrait avoir opéré à temps pour de possibles élections que l'on prévoit peut-être pour le printemps prochain.

 

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