Malheureux pour Gilles Taillon, parce que l'homme mérite le respect pour la carrière qu'il a eue, en dehors de la politique provinciale autant qu'au sein de l'ADQ dans les dernières années. D'abord comme cadre supérieur au gouvernement du Québec, de 1982 à 1990, puis comme directeur général de la Commission scolaire de Sherbrooke, de 1990 à 1996, et vice-président exécutif de la Fédération des commissions scolaires du Québec, entre 1996 et 1998.
Gilles Taillon n'a plus le choix: partir maintenant en douce pour ne pas aggraver les choses ou prouver ses allégations pour rétablir sa crédibilité.
Il a aussi été président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), de 1998 à 2006, avant de se joindre à l'équipe de Mario Dumont. Ce qui était déjà surprenant. Nous l'aurions plus vu au sein du Parti libéral de Jean Charest, avec lequel il avait des affinités connues.
Gilles Taillon est un homme réfléchi, un excellent conseiller, un homme d'action, mais qui sait prendre le temps qu'il faut pour atteindre les objectifs qu'il se fixe. Cette fin impromptue, dans des conditions aussi compliquées et dans la tourmente avec ses propres troupes, ne convient pas à l'homme qu'il a été. Un départ en douceur ou, mieux encore, dans la reconnaissance des actions passées aurait été plus convenable.
Quand il a choisi de revenir en Outaouais pour vivre de meilleurs moments avec son épouse, nous pouvions croire qu'à 63 ans il avait pris la bonne décision, une décision de vie. Quelques semaines plus tard, il décidait de se présenter candidat dans Chapleau, pensant profiter du départ de Benoît Pelletier. C'était déjà une première surprise et une décision hasardeuse, presque politiquement suicidaire, compte tenu de la tradition très libérale de la circonscription qui a élu Marc Carrière sous la bannière du PLQ.
Sa décision de se lancer dans la course à la direction de l'ADQ, quelques mois plus tard, était encore plus étonnante. Ce n'était pas alors un suicide politique, mais un acte de foi incroyable, qui laissait croire que Gilles Taillon se voyait cette fois comme sauveur de ce parti moribond. Son pari aurait pu fonctionner un temps, tellement l'homme est déterminé et a prouvé, avec le temps, sa capacité de corriger des situations difficiles.
Il aurait aussi pu rester à l'écart et se la couler douce en Outaouais. Les jeunes loups, comme Éric Caire et même Gérald Deltell, n'attendaient que le moment de prendre la place. Ceux-là n'avaient pas les mêmes risques de perte d'estime que lui s'ils faillissaient à la tâche. Gilles Taillon n'avait pas besoin de cette rebuffade de fin de carrière. Il ne méritait pas cela non plus. Mais il l'a cherché. Son véritable départ, ce n'était pas mardi de cette semaine; ç'aurait dû être celui de novembre 2008, quand Jean Charest a mis fin à la session parlementaire et déclenché une élection à laquelle Gilles Taillon n'aurait déjà pas dû participer.
Comme bien d'autres, il n'a pas su partir. C'est cela qui est malheureux dans le cas de personnes qui, comme lui, devraient savoir se retirer avec les honneurs qui leur sont dus. Il portera quelque temps encore les stigmates de cette fin abrupte qui ternit non seulement sa crédibilité mais aussi ses compétences de gestionnaire d'équipe.
La saga qui perdure autour de son départ est en train de le détruire. Gilles Taillon n'a plus le choix: partir maintenant en douce pour ne pas aggraver les choses ou prouver ses allégations pour rétablir sa crédibilité.










