Trop de déchets

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Pierre Allard
Le Droit

À voir les chiffres, le Québec croule sous le poids de ses déchets. Chaque personne est responsable, tous les ans de l'enfouissement de 810 kilos de déchets! C'est plus de 2,2 kilos par jour! Pour une famille de quatre personnes, 3240 kilos par année. Pire, la quantité d'ordures enfouies continue d'augmenter en dépit du succès des collectes sélectives de matières recyclables.

Le gouvernement Charest a annoncé, cette semaine, des mesures précises pour freiner et réduire les déchets qui restent pour le moment non récupérés. Par exemple, les fabricants de produits électroniques ordinateurs, écrans, piles, jeux vidéo, appareils photo,etc. seront tenus de reprendre tous les articles qu'ils vendent et de les recycler. Québec interdira aussi l'enfouissement du papier et du carton, mesure qui sera éventuellement élargie aux matières organiques. Les municipalités, pour leur part, devront faire la collecte et le traitement des matières organiques. Elles en auront les moyens, Québec promettant d'assumer le coût de construction des usines.

 

Ce qui frappe et ce qui plaît du plan d'action quinquennal annoncé par la ministre de l'Environnement, Line Beauchamp, c'est qu'il se tient loin de grands objectifs nébuleux qui laissent trop de place à l'interprétation et finissent par être sabotés en cours de route après d'interminables débats. Ainsi, en 2010, on doublera les frais d'enfouissement. Un règlement sur le recyclage obligatoire des produits électroniques sera promulgué dès l'an prochain. En 2010 également, la gestion des matières résiduelles sera intégrée aux permis de construction, rénovation ou démolition émis par les municipalités.

Le plan d'action de Québec propose 36 mesures du genre dans le cadre de 10 stratégies au cours des cinq prochaines années. On ne se contente pas d'énoncer un objectif global de 700 kilos de déchets par année par personne (c'est encore trop); on inclut un manuel d'emploi détaillé. Il reste maintenant à passer aux actes, et à espérer que les législateurs qui ont introduit ce plan d'action l'appliqueront avec autant de vigueur.

L'exemple de Dieppe

Les municipalités à majorité francophone de l'Est ontarien auraient avantage à suivre l'exemple de la ville de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, qui envisage d'adopter un règlement imposant l'affichage en français sur toute nouvelle enseigne commerciale. Dieppe, une ville de 18000 habitants, dont 74% des résidents sont de langue maternelle française, est située à proximité de Moncton. Là, comme dans la plupart des régions francophones hors Québec, le français y subit une lente érosion.

La question de l'affichage commercial est particulièrement importante. Pour le citoyen autant que pour l'étranger, les panneaux et enseignes en disent long sur la culture d'une collectivité. Au Québec, la langue d'affichage était l'une des grandes préoccupations lors de l'adoption de la Loi 101. Les enseignes unilingues anglaises ont été et demeurent nombreuses dans les villes et villages de l'Est ontarien. Mais, contrairement aux Acadiens de Dieppe, la solution semble passer ici par des campagnes de "bilinguisme", où la promotion du français s'accompagne invariablement d'une promotion de l'anglais...

Il n'y a rien de mal à s'afficher uniquement en français, ou dans les deux langues, à des endroits comme Hawkesbury, francophone à 74%, comme Dieppe, ou encore Alfred, Casselman, Embrun, Saint-Isidore, même Rockland. Les majorités y sont francophones. Et comme en Acadie, le français y recule. Les chiffres des recensements ne laissent aucun doute là-dessus. Que le français ait besoin de protection et de promotion dans notre région semble évident. L'anglais se porte très bien merci dans l'Est ontarien et n'a pas besoin d'un coup de pouce additionnel de notre part.

Dieppe a la bonne solution: des enseignes en français ou des affiches bilingues où l'anglais n'a pas plus d'importance que le français. Il faut en finir avec les campagnes de sensibilisation au bilinguisme quand seul le français est menacé.

 

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