Elle n'est toutefois pas fausse dans tous les cas. Et même si elle est faite avec peu de délicatesse, sa critique a le mérite de mettre en lumière une situation réelle, très peu démocratique et même potentiellement dangereuse, parce qu'elle confine parfois au silence des gens qui ont été récompensés par le poste offert.
À la différence des partis politiques provinciaux et fédéraux, où la ligne de parti dicte la conduite, celle des conseillers municipaux, tous élus comme indépendants ou presque, à Gatineau, ne devrait obliger aucun d'eux à suivre aveuglément les orientations du conseil, encore moins celles du maire uniquement.
Or, c'est précisément ce qui risque d'arriver quand la paie semble dépendre autant, sinon plus parfois, de cet espoir de servilité que des compétences de chacun.
Tout conseil municipal doit comporter en lui-même son contrepoids, ses conseillers qui conservent leurs valeurs propres, qui veillent et surveillent en même temps qu'ils doivent savoir se rallier à la majorité quand c'est le temps. Pour que les choses tournent rondement. Pour s'assurer aussi que des abus, comme ceux dénoncés lors de la campagne électorale, à Montréal, ne se produisent pas. Ou qu'ils soient dénoncés le plus rapidement possible le cas échéant.
Personne ne souhaite que les conseils municipaux ne soient constitués que de gens toujours en désaccord, incapables de voir au bien de la collectivité plutôt qu'à leurs intérêts personnel et politique, empêcheurs perpétuels de bon fonctionnement et de développement.
À l'inverse, la garantie d'une saine gestion n'est pas mieux servie par un parti omnipotent ni par une structure où le leader n'aurait, avec lui, que des gens préférant ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire pour ne pas nuire à leurs propres rémunérations ou réélections.
Nous n'en sommes pas là à Gatineau. Heureusement. Il y a encore quelques chiens de garde prêts à ne pas endosser toutes les propositions sans les examiner jusqu'au fond, les critiquer, les combattre s'ils jugent en leur âme et conscience qu'elles sont à l'encontre des intérêts de la population qu'ils représentent.
Ce ne sont pas que les « exclus » des nominations récentes du maire Bureau, dont Pierre Philion et André Laframboise. Il y a aussi parmi les « récompensés » des gens qui, bien que partisans du maire Bureau, sauront faire valoir leur désaccord au besoin. Il y a aussi parmi le groupe des « nominés » à des comités, des gens qui n'ont encore ni affinités douteuses avec le maire ni attitudes conflictuelles avec lui. Nous les découvrirons mieux dans les prochains mois. Il s'y trouve aussi des personnes qui sauront convaincre de leur intégrité, peu importe le rôle qu'on leur fait jouer et la rémunération qui y est attachée.
N'empêche que la méthode actuelle d'attribution des responsabilités aux commissions les plus importantes entache leur mandat au départ. Ne serait-ce que par apparence que la paie est plus importante que les valeurs personnelles dans ces nominations. Paradoxalement, elle l'est si nous voulons avoir des gens compétents pour ces postes à des salaires qui ne se comparent déjà pas avantageusement avec ceux payés dans le privé.
Il y a beaucoup de nominations à faire aux multiples comités de la Ville. Il serait fastidieux qu'elles doivent toutes passer par un travail de sélection plus compliqué que la nomination par le maire. Mais il serait peut-être bon que les nominations à la présidence des comités les plus importants, celles auxquelles sont attachées des primes substantielles, ne soient pas que la prérogative du maire. Ne pourraient-elles pas exiger des mises en nomination en bonne et due forme et un vote de tous les membres du conseil. Dans l'espoir que ces présidents de comités importants soient nommés pour leur expertise et pour leur compétence à les diriger.
Aucun système n'est parfait. Celui-là non plus. Un peu plus démocratique, il pourrait au moins atténuer un peu l'apparence de favoritisme et de népotisme des nominations faites par une seule personne.










