Avec la sortie des procureurs de la Couronne et du syndicat des policiers de la SQ, avec la tiédeur du président de la FTQ, Michel Arsenault, sur cette question, on voit se dessiner lentement un consensus sur la nécessité de faire la lumière sur les collusions et l'infiltration du crime organisé dans l'industrie de la construction au Québec. Mais toute enquête est elle-même porteuse de ses propres limites, de ses propres faiblesses, car le temps et les échéanciers risquent de diluer le produit policier et d'en augmenter les retombées politiques.
Le temps demeure le principal adversaire de la vérité.
Il ne faut pas se bercer d'illusions. Si le gouvernement Charest préfère s'en remettre aux démarches policières et si le PQ privilégie une enquête, ce sont d'abord et avant tout pour des motifs politiques. Le gouvernement sait fort bien qu'il risque d'être éclaboussé, pointé du doigt et échaudé par une enquête publique qui prendra plusieurs mois à se mettre en marche et dont la présence médiatique pourrait coïncider avec la prochaine élection générale. C'est exactement ce que recherche l'Opposition qui pourrait alors se servir de ce levier fort utile en période électorale.
Toutefois, pour Jean Charest, les enquêtes policières et les mesures ciblées pour augmenter la transparence et l'équité du processus d'adjudication des contrats publics dans le domaine de la construction sont des moyens qui servent bien à isoler le problème en pointant du doigt des individus plutôt que des systèmes, des machinations ou des organisations. C'est à l'image de l'arrosoir de l'enquête publique et de la lance à incendie des interventions policières; le premier étend son effet sur un plus vaste périmètre, l'effet Gomery, alors que la seconde se concentre davantage sur un point précis, une industrie ou une compagnie en particulier.
Il va sans dire que l'enquête publique risque d'être également fort douloureuse pour la FTQ-Construction. Ce n'est donc pas pour rien que son nouveau président y voit de nombreux vices cachés qui risquent de miner son organisation.
Depuis plusieurs mois, trop de révélations juteuses, de scandales et d'enquêtes journalistiques ont terni la crédibilité de cette industrie et du processus d'appel d'offres et d'adjudication des contrats. Il en a résulté des conséquences néfastes sur la confiance et le portefeuille des contribuables, au point où le gouvernement doit ouvrir tout grand les vannes de la vérité et de la transparence.
Le temps demeure cependant le principal adversaire de la vérité. C'est pourquoi plus le temps passe, plus la vérité s'éloigne, plus elle se dilue dans les souvenirs. Cela ne signifie pas qu'on doive mettre fin aux enquêtes policières s'il y a eu malversation, collusion et conduite illégale. Au contraire, il faut continuer le travail. Tout comme, au nom de la transparence, il faut apporter rapidement des correctifs techniques au processus des appels d'offres et d'attribution des contrats.
Mais une enquête policière et les poursuites qui en découlent ne peuvent tout régler. C'est le système entier et ses conséquences, tant économiques que politiques, qu'il faut passer sous la loupe d'une enquête publique au nom de la transparence et de la confiance des citoyens à l'endroit de leurs institutions publiques. Encore que le mandat d'une enquête publique et ceux qui seront chargés de le réaliser ne feront sans doute pas l'unanimité de la classe politique, surtout qu'il s'agira de servir à la fois la démocratie, la vérité et la transparence, et d'arroser sans trop éclabousser au passage.










