À reculons vers Copenhague

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Pierre Bergeron
Le Droit

Il est difficile de percevoir quelque enthousiasme dans les positions canadiennes à une semaine du sommet des Nation Unies sur le climat, à Copenhague.

Il aura fallu que les présidents américain et chinois annoncent leur venue pour que le premier ministre Harper consente finalement à s'y rendre.

 

Cette décision ne doit pas être perçue comme un engagement de Stephen Harper à démontrer un minimum de leadership sur la question du réchauffement climatique. Elle vise essentiellement à montrer qu'il n'est pas indifférent à la question avant sa visite officielle en Chine et avant de recevoir les leaders du G-8, l'an prochain, à Muskoka.

Ce manque d'enthousiasme a été démontré une fois de plus au Sommet des leaders des pays du Commonwealth, qui s'est tenu à Trinité-et-Tobago, où Stephen Harper s'est fait chauffer les oreilles par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, pour ne pas s'engager de façon plus ambitieuse dans la réduction des gaz à effet de serre.

Le Canada s'est cependant engagé à participer financièrement à un fond de 10 milliards de dollars américains pour aider les pays pauvres à lutter contre les conséquences du changement climatique, sans pour autant modifier les cibles de 2020 et 2050.

Ce faisant, Stephen Harper servait une rebuffade au secrétaire général, qui aurait souhaité que le pays donne l'exemple avec des engagements plus «ambitieux» pour les prochaines années.

La réponse de Stephen Harper laisse songeur sur le leadership du Canada sur cette question. Il dit espérer que la conférence de Copenhague en arrive à un accord global avec pour objectif de réduire concrètement les émissions de gaz à effet de serre (GES) plutôt que de fixer des «cibles abstraites».

Ce sont de telles déclarations qui démontrent la mollesse des convictions et le peu d'enthousiasme du premier ministre.

Il ne suffit pas d'apposer sa signature au bas d'une déclaration commune des 53 chefs d'État du Commonwealth pour prouver l'engagement du Canada. Il faut passer le message que le Canada ne restera pas indifférent. À titre de grand pollueur et de pays marqué par le réchauffement climatique , il s'engage activement au même pas que la communauté internationale.

Or, sur le plan intérieur, la position du Canada est loin d'être solide: on voit davantage d'engagement de certaines provinces, dont le Québec et l'Ontario, que du gouvernement fédéral.

Comme par hasard, le premier ministre albertain, Ed Stelmach, s'en est pris récemment à la stratégie du Québec pour réduire ses émissions de GES en invitant ses homologues à «s'unir derrière un plan réaliste de lutte aux changements climatiques».

On comprendra qu'avec l'exploitation de ses sables bitumineux, l'Alberta et le Canada sont parmi les plus grands pollueurs de la planète. Ce n'est pas une coïncidence si les discours de Stelmach et Harper se ressemblent et sont en porte-à-faux par rapport aux engagements du Québec, de l'Ontario et de la Colombie-Britannique.

Climategate

Un autre développement récent, qui doit sans doute conforter le premier ministre dans sa tiédeur, est ce fameux Climategate qui apporte de l'eau au moulin des sceptiques du réchauffement climatique et de la droite américaine.

Ce sont des courriels de chercheurs du Climatic Research Unit de l'Université britannique East Anglia, ardents promoteurs de l'influence des humains sur le réchauffement climatique, qui révèlent des manipulations et omissions statistiques pour appuyer leurs efforts de sensibilisation.

Il n'en fallait pas plus pour que la droite américaine s'en empare pour discréditer les engagements d'Obama sur la question.

De là à démontrer qu'il y a conspiration internationale et que la planète se refroidit plutôt qu'elle ne se réchauffe, il n'y a qu'un pas franchi allègrement par les adeptes de la théorie du complot. C'est l'équivalent environnemental du créationnisme.

Espérons que le premier ministre ne profitera pas de cette controverse pour en épouser les contours qui font son affaire au discrédit du Canada sur la scène internationale.

 

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