La marge de manoeuvre du gouvernement du Québec est mince. Les finances publiques accusent un déficit imposant. L'économie peine à sortir de la récession. Les salaires et conditions offertes dans le secteur public doivent pouvoir continuer de soutenir la comparaison avec le secteur privé pour attirer des employés et les fidéliser. Le bassin de main-d'oeuvre disponible commencera bientôt à se rétrécir avec le vieillissement de la population et les mises à la retraite des baby boomers, entraînant une concurrence accrue pour combler les postes disponibles.
Le gouvernement n'avait pas vraiment le choix. Il aurait sans doute voulu, sans trop le dire, geler les salaires des employés de l'État mais ç'aurait été un geste suicidaire. En plus de miner un moral déjà chancelant dans plusieurs secteurs, un refus trop radical aurait facilité la tâche aux syndicats qui chercheront à mobiliser leurs membres pour donner plus de poids aux revendications monétaires et autres.
Les syndicats ont demandé des hausses salariales de 11,25% sur trois ans. C'est excessif dans le contexte actuel et les dirigeants syndicaux le savent. Le gouvernement offre pour sa part 7% sur les cinq prochaines années et sa marge de négociation apparaît nettement plus serrée que celle du front commun syndical. Et la hausse de 7% s'applique à la rémunération globale... donc pas seulement aux salaires. Mais c'est un départ et les parties pourront maintenant se parler à partir de positions concrètes et connues.
Si le gouvernement est pris dans un étau, les employés du secteur public doivent eux aussi prendre en considération des réalités différentes de leurs collègues du privé. Peu importent les gains qu'ils feront, les sommes ainsi consenties s'ajouteront au budget de l'État et ce sont les citoyens qui en feront les frais. Il est normal qu'il en soit ainsi, mais les syndicats auront besoin de l'appui du public s'ils veulent avoir des chances d'arracher un règlement négocié cette fois. Il leur faudra marcher sur des oeufs.
Quant au gouvernement, en cas de paralysie des négociations, la tentation sera grande - comme toujours - d'utiliser les leviers législatifs ou une opinion publique ponctuellement favorable pour imposer ses règles. C'est son droit en tant que représentant officiel des citoyens, mais il s'agit rarement de la meilleure solution, peu importent les motifs. Il faut espérer que le bon sens prévale.
En panique
Les Suisses semblent avoir perdu les pédales. Sans doute sous l'emprise collective de la peur de l'islam, 58% de la population helvétique a voté oui à un référendum qui proposait d'interdire les minarets. Les communautés musulmanes de Suisse, qui ne s'y attendaient pas, seront ainsi libres de construire leurs mosquées, mais n'auront pas le droit d'y ajouter un minaret (l'équivalent du clocher traditionnel d'une église chrétienne). Fini les accommodements raisonnables, clament les vainqueurs du scrutin référendaire.
Le débat ayant cours en Suisse trouve ses échos chez nous et dans l'ensemble des pays occidentaux. Partout, les réponses varient selon le climat social et le degré de tolérance. Il n'y a pas de doute que la laïcisation corresponde de plus en plus aux valeurs majoritaires de ces sociétés, y compris au Québec. Mais il y a un pas infranchissable entre interdire l'affichage de symboles religieux dans des écoles ou dans des édifices gouvernementaux et leur interdiction pure et simple dans l'ensemble d'une collectivité.
De toute évidence, une majorité de Suisses ne comprend plus très bien la frontière entre vie publique et vie privée. Il y a là-dedans un peu de panique.










