Fermetures d'usines? Mises à pied par centaines? Commerces ébranlés? Reprises de maisons par les banques? Services sociaux assiégés? Non, rien de tout cela.
À la place, le maire Marc Bureau a parlé, dans son discours de présentation du budget 2010, de «croissance démographique la plus importante au Québec», d'un «marché de l'emploi régional vigoureux», de «rattrapage», de «nouveaux sommets». De nouveaux sommets, c'est est de toute évidence. Le budget de la Ville de Gatineau n'a jamais été aussi élevé (443 millions$)... ni ses dépenses en salaires (161 millions$), sa dette accumulée (440 millions$) et le remboursement annuel des intérêts (67 millions$).
Le nouveau conseil municipal pense comme l'ancien: les Gatinois peuvent se compter chanceux de vivre où ils vivent, relativement à l'abri des soubresauts de l'économie mondiale. De fait, vaut mieux être à Gatineau qu'à Oshawa ou à Windsor où le secteur de l'automobile était bien installé avant de connaître les plus importants bouleversements de son histoire.
Le maire Bureau parle ainsi d'une «approche réaliste et responsable».
D'autres, cependant, pourraient être en désaccord avec lui. Quand on voit tout le monde ébranlé par la récession, c'aurait pu allumer des sonnettes d'alarme autour de la table du conseil. Que Gatineau vit peut-être un peu au-dessus de ses moyens. C'est totalement vrai pour le Québec, comme viennent de le démontrer quatre économistes réputés et indépendants d'esprit pour le compte du ministère des Finances.
Convaincue qu'elle doit préparer ses futures infrastructures aux besoins d'une population qui doit croître au cours des 25 prochaines années, l'administration Bureau a obéi à une pensée tout à fait différente de celles des économistes Pierre Fortin, Robert Gagné, Luc Godbout et Claude Montmarquette. En augmentant la dette de la Ville de Gatineau, tous ses principaux postes budgétaires et donc son budget d'exploitation, le conseil prépare-t-il l'avenir ou pellette-t-il ses problèmes par en avant? La question mérite d'être posée.
Ottawa, juste de l'autre côté de la rivière des Outaouais, bûchera fort, au cours des prochaines semaines, t couper, couper et couper encore dans l'espoir d'en arriver à une augmentation de l'impôt foncier de 3,9%, le maximum que le maire Larry O'Brien se permettra d'avaler, lui qui avait convaincu les contribuables naïfs d'Ottawa que la capitale pouvait geler son budget pendant quatre ans.
À Gatineau, 3,9% aura été un taux que les élus considéraient «réaliste et responsable», doit-on conclure.
Gatineau a choisi de ne pas se serrer la ceinture. Cela est clair. Il y aura plus d'arbres, plus de routes, plus de déneigement, plus de chantiers, plus de pompiers, plus d'autobus, plus de services.
Il n'y a pas deux occasions pour envisager des restrictions de services. C'est seulement quand ça va mal que nous pouvons nous convaincre collectivement que le moment de nous imposer un petit régime minceur est arrivé. Quand le fédéral a-t-il entrepris sa dernière opération dégraissage? En 1995, quand le Fonds monétaire international, deux ans après qu'il nous eut rappelés à l'ordre. Quand ça va bien et que tout le monde est optimiste, personne ne comprend ni n'achète l'idée qu'il faut s'astreindre à des sacrifices pour les jours sombres. Mettre des sous de côté quand le soleil brille est doublement plus difficile parce que nous devenons tous inconsciemment plus insouciants de l'avenir. Idéalement, ce serait le meilleur moment pour épargner. Mais la nature humaine ne fonctionne pas comme ça.
Bref, le conseil municipal de Gatineau a raté, avec son plus récent budget, une bonne occasion de se retenir un peu et d'imposer un fardeau un peu moins lourd à ses générations futures.










