Colvin réplique

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Pierre Allard
Le Droit

Le boycottage du comité parlementaire sur la torture de détenus afghans par les députés conservateurs constitue une preuve de plus du mépris d'un gouvernement qui fait fi du Parlement, de la Cour suprême et de toute autre autorité légitime qui tenterait de l'obliger à rendre des comptes ou à changer de cap. Les plus récentes rumeurs d'une interruption possible des travaux de la Chambre des communes jusqu'après les Olympiques d'hiver ne viennent qu'envenimer davantage le climat.

Sans la présence des députés conservateurs au comité parlementaire, les travaux sont paralysés, puisqu'il n'y a pas quorum. On n'a pas besoin de chercher très loin pour trouver les motifs de ce boycottage pour le moins opportun. Le gouvernement Harper est dans l'eau chaude depuis la divulgation, par le diplomate Richard Colvin, de mauvais traitements et de torture à l'endroit de détenus transférés aux autorités afghanes par les militaires canadiens.

Au début, le ministre de la Défense, Peter MacKay, avait affirmé que les allégations du diplomate Richard Colvin ne constituaient pas des preuves et que « son témoignage était suspect », s'appuyant sur « rien de plus que des ouï-dire, des informations de seconde ou troisième main, ou qui proviennent directement des talibans ». D'autres critiques ont suivi des bancs gouvernementaux, mettant en doute la crédibilité de M. Colvin.

Or, cette semaine, le diplomate a rendu publique une lettre dans laquelle il réfute, point par point, les critiques des ministres, généraux à la retraite et hauts fonctionnaires à son endroit. Dans leur témoignage devant le comité parlementaire, tous avaient tenté de faire croire au public que le gouvernement Harper ignorait les risques de mauvais traitements des détenus remis aux autorités afghanes.

Dans sa lettre de 16 pages rédigée cette semaine, M. Colvin réplique en mettant de l'avant des faits vérifiables - rapports écrits et datés, chronologie d'événements précis et plus - qui justifient amplement une enquête publique. Si le contenu de cette lettre reflète bien la réalité, il y a matière à censure du gouvernement. Non seulement Ottawa a-t-il tenté de taire des faits importants, mais on a délibérément maquillé des situations.

Dans sa lettre, le diplomate Colvin affirme que l'ambassadeur du Canada en Afghanistan, Arif Lalani, avait ordonné qu'on envoie à Ottawa un rapport dans lequel on affirmait que la sécurité s'était améliorée en Afghanistan, alors que toutes les informations indiquaient le contraire. On leur avait dit de ne pas rapporter d'information qui allait contredire le message public du gouvernement canadien... Aux dernières nouvelles, la falsification délibérée de rapports officiels pour tromper le Parlement et le public canadien constituait un acte criminel.

Une constatation s'impose à la lumière des agissements de ce gouvernement. Le premier ministre a nettement trop de pouvoirs dans ce pays et il est grand temps que le Parlement, l'assemblée de nos élus, réaffirme sa suprématie.

Assez d'excuses !

Les engagements non tenus en matière de bilinguisme sont tellement nombreux qu'on nous excusera d'afficher plus qu'un brin de scepticisme devant les excuses officielles et les promesses solennelles de la Ville d'Ottawa après la cérémonie unilingue anglaise du relais de la flamme olympique, samedi dernier. L'absence du français à cet événement pourtant officiel de la Ville n'avait rien d'un accident de parcours. C'était délibéré.

L'histoire démontre que peu importe le niveau de gouvernement, les engagements écrits à l'endroit des francophones ressemblent souvent à de vagues intentions quand vient le temps de les mettre en oeuvre. Encore aujourd'hui, après 40 ans, la Loi sur les langues officielles est loin d'être respectée. Et que dire de la politique de bilinguisme de la Ville d'Ottawa, qui vient d'être bafouée de nouveau. Est-ce que l'ajout d'une directive du grand patron de la fonction publique municipale y changera quelque-chose ? Nous l'espérons, mais nous en doutons. La volonté n'y est pas.

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