L'universitaire devenu politicien en 1996 démontrait alors un manque de flair politique. Les Canadiens aiment l'environnement, mais lorsqu'ils sont dans l'isoloir, cet amour ne se traduit pas clairement en votes.
Dans le tumulte de la fin de 2008, Michael Ignatieff a succédé à Stéphane Dion. Un autre universitaire. Mais personne ne s'attendait à ce qu'il manque autant de flair politique que son prédécesseur. Au contraire, M. Ignatieff en met et en remet.
L'année 2009 a été difficile pour le chef libéral. Il y a eu l'inévitable lune de miel des premiers mois, jusqu'au congrès de mai, qui a vu son statut de chef accrédité par la base. Par la suite, les choses se sont envenimées. L'été, lorsqu'on y repense, a été catastrophique. Il a commencé par être largement absent du débat public au début de l'été : même si l'actualité parlementaire tombe à zéro pendant les chauds mois estivaux, c'aurait été une bonne occasion pour M. Ignatieff de faire le tour du pays et de prendre le pouls des Canadiens dans d'informelles rencontres avec les militants et des sympathisants qui ne demandent pas mieux que de revenir au bercail libéral après le scandale des commandites. Cela ne s'est pas fait. La population se demande encore quel est le programme - ou du moins, l'ossature du programme - que M. Ignatieff incarnera. Vers quelles contrées idéologiques il amènera le Parti libéral afin qu'il se démarque bien du Parti conservateur (qui a présenté un budget très « libéral » à hauteur de 40 milliards $ en dépenses d'infrastructures).
À la fin de 2009, personne ne sait encore avec certitude quels sont les principaux éléments d'un programme électoral libéral sous Michael Ignatieff. Et ça, d'un homme qui menaçait de provoquer des élections anticipées en juin dernier, avant de reculer dans les heures qui ont suivi.
Et rappelez-vous qu'en août, le chef libéral se tenait sur une estrade, à Sudbury, et clamait : « M. Harper, vous avez échoué sur toute la ligne. Nous ne pouvons plus appuyer ce gouvernement. Après quatre années d'errance, quatre années de déni, quatre années de divisions, quatre années de discordes, c'est fini. Nous pouvons faire mieux. »
Et le punch : « M. Harper, votre temps est écoulé ! »
Puis ? Puis des élections, non ? Non. Puis plus rien.
La bravade du mois de juin n'a mené à rien. Celle du mois d'août n'a mené à rien non plus. Pas plus de programme, pas plus d'action.
Dans le cadre d'une entrevue de fin d'année avec le journaliste Joël-Denis Bellavance, Michael Ignatieff reconnaît que « l'année 2009 a été une année d'apprentissage ». Il a été démontré qu'il ne suffit pas de prononcer de beaux discours universitaires et de froncer les sourcils pour la caméra ; un chef politique doit compter sur une solide organisation derrière lui. Des organisateurs sur le terrain aux quatre coins du pays pour bâtir le membership et amener des sous à la caisse électorale, mais aussi des conseillers futés qui l'appuient au quotidien.
M. Ignatieff n'a visiblement pas assez appris. Devant le journaliste, il a virtuellement assuré qu'il ne déclencherait pas d'élection en 2010. Il a ouvert son jeu. Les conservateurs doivent être morts de rire devant une telle erreur de recrue. Ils pourraient présenter des projets de loi les plus extrémistes pour satisfaire leur vieille base réformiste, Michael Ignatieff a déjà engagé ses libéraux à voter pour, ou du moins, à ne pas voter contre.
Le chef libéral dit qu'en 2009, il a « beaucoup appris ».
De toute évidence, pas assez.










