Ceux qui ont le sommeil léger éprouvent toutes les difficultés du monde à se rendormir avec, en prime, les insanités d'individus dont le port de voix est directement proportionnel au taux d'alcoolémie et inversement proportionnel à l'intelligence du propos.
Pour Georges Bédard, le conseiller du quartier Rideau-Vanier à Ottawa, où se trouve le marché By, cela a assez duré.
C'est pourquoi il veut interdire de crier, d'utiliser un langage excessif ou indécent, ni adopter un comportement répréhensible. Il pourrait en coûter jusqu'à 300$ aux contrevenants. Une telle mesure serait inutile, excessive et très difficile à mettre en pratique. Elle émane sans doute d'une intention vertueuse et noble, mais elle va trop loin dans le contrôle du comportement des individus sur les voies publiques et des mesures appropriées pour régler le problème.
Ce n'est pas la première fois que le conseiller Bédard intervient pour améliorer la qualité de vie dans ce secteur de son quartier. Il a déjà proposé d'enlever les murs des abribus de la rue Rideau pour dissuader les itinérants de s'y réfugier. La Basse-Ville doit vivre avec le cocktail habituel de pauvreté, d'itinérance, de toxicomanie et de santé mentale, un problème que le conseiller voudrait bien éradiquer... en le distribuant dans les autres quartiers.
Une préoccupation légitime
En fait, il est normal et légitime de vouloir améliorer la qualité de vie de son quartier. Par contre, il est très difficile de le transformer et d'imposer la vertu à coups d'interdits, de règlements et de restrictions. Ceux qui ont choisi de s'installer au centre-ville ont droit à une certaine quiétude mais ils doivent savoir que le marché By, ce n'est pas Old Chelsea.
Le secteur du marché By est un véritable attrait touristique au coeur de la capitale nationale. La concentration de bars et de restaurants fait partie de son cachet. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il y ait certains excès ou débordements à la sortie des bars. La situation est-elle à ce point problématique que l'on modifie le Règlement sur le bruit «afin de préserver, de protéger et de promouvoir la santé, le bien-être, la tranquillité et la quiétude des habitants de la ville».
En effet, comme le stipule le règlement 253-2004, «il est interdit de faire des bruits inhabituels ou susceptibles de déranger les habitants de la ville.»
Les bruits dont il est question sont produits par des machines, des équipements de ventilation, des moteurs, des klaxons, des courses ou des systèmes d'amplification. Et encore, l'application d'une telle réglementation n'est pas toujours évidente. Comment le conseiller Bédard réussira à y définir l'infraction et intégrer au règlement les notions de «cri», de «langage insultant» relève de la spéculation?
Triste tendance
Le conseiller dit vouloir «contrôler la vie des gens qui ne sont pas respectueux des gens du centre-ville et de leurs voisins.»
Cette formulation malhabile n'en révèle pas moins une tendance propre à un état policier de tout vouloir réglementer, de tout vouloir contrôler. Encore faut-il que le problème auquel on s'attaque soit grave au point de justifier d'intervenir avec la massue de la loi et l'ordre pour modifier les comportements.
Est-ce vraiment nécessaire? Cela réglera-t-il le problème?
Plutôt que de s'évertuer à «contrôler la vie des gens» et sans doute se gagner des appuis en année électorale, le conseiller Bédard devrait plutôt se demander s'il n'enfonce pas une porte ouverte. Aux dernières nouvelles, le marché By et les autres secteurs de la vie nocturne d'Ottawa ne sont pas des endroits où pullulent les comportements dangereux et incontrôlables.
Quant aux policiers qui disent être dépourvus de moyens pour faire respecter l'ordre public aux petites heures du matin, un carnet d'infraction au Règlement sur le bruit n'ajoutera pas grand-chose à leur arsenal d'intervention à moins qu'on multiplie le nombre d'«agents des règlements» à un coût qu'Ottawa ne peut visiblement pas se permettre.










