L'apathie appuyée par l'apathie

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Pierre Jury
Le Droit

Le 10octobre 2006, Stephen Harper était entouré de plusieurs de ses principaux ministres, dont Lawrence Cannon et Tony Clement, pour annoncer son plan vert. L'image était saisissante: tous ces gens importants, avec le port de Vancouver en arrière-plan. Au menu: une Loi canadienne sur la qualité de l'air. Si les conservateurs n'ont jamais cru en le protocole de Kyoto, ils allaient au moins sauver la face en tentant de présenter des mesures concrètes pour ralentir les changements climatiques. Le 30janvier 2010, le ministre de l'Environnement, Jim Prentice, a discrètement confirmé l'engagement du Canada à la suite de l'accord de Copenhague un samedi, devant un auditoire, à l'Université de Calgary. Pas de premier ministre en vue, ni de perspective éblouissante sur les montagnes Rocheuses.

L'opposition des conservateurs aux mesures pro-environnementales est devenue telle qu'ils peuvent se permettre maintenant de claironner leur appui à l'industrie des sables bitumineux, comme l'a fait le ministre Prentice, samedi.

 

Et pousser l'arrogance jusqu'à qualifier la dernière initiative québécoise l'imposition de sévères normes environnementales pour les nouveaux véhicules comme une «folie». Jim Prentice croit même que les sables bitumineux constituent maintenant «une de nos principales ressources canadiennes» qui pourraient devenir «un moteur économique pour notre économie».

De plus en plus, le gouvernement de Stephen Harper se range dans le camp des «climato-sceptiques». Sa base électorale de l'Ouest canadien considère avec scepticisme tout le discours sur les changements climatiques. Les gaffes de quelques scientifiques du Groupe interdisciplinaire sur l'environnement et le climatw (GIEC) ont miné sa crédibilité et celle des environnementalistes qui pouvaient, jusqu'à tout récemment, s'appuyer sur les rapports du GIEC comme des vérités de l'Évangile. Le gouvernement est obsédé par l'économie. Il ne faut absolument pas y toucher. Quand les usines roulaient à fond, il fallait profiter de la manne qui passait et ne rien faire pour en perturber le mécanisme. Maintenant que l'économie va mal, une variante du même refrain se fait entendre. Il ne faut rien faire pour perturber le «fragile» mécanisme. Il est vrai que le protocole de Kyoto fixait des cibles qui, à l'arrivée des conservateurs en janvier 2006, étaient devenues inatteignables. Pour cela, les libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin sont coupables d'inertie. Ils croyaient aux principes derrière Kyoto, ou du moins, dans les grandes lignes.

Il y avait, à Ottawa, un discours sympathique aux mesures de protection de l'environnement, et certains optimistes se disaient que le fédéral pourrait être encouragé à faire plus. Aujourd'hui, les conservateurs ne prétendent plus rien qui pourrait donner l'impression d'un gouvernement vert, comme le suggérait l'image du 10octobre 2006. Kyoto est un concept dépassé, dans leur esprit, et les conservateurs s'accommodent bien du fouillis non contraignant de Copenhague auquel ils ont contribué avec l'accord plus ou moins tacite des autres grands pays pollueurs comme les États-Unis et la Chine. Ainsi, l'échec relatif à Copenhague aurait épuisé tout le monde sauf les plus convaincus. Ainsi, Jim Prentice a pu se cacher au fin fond d'une salle à Calgary pour annoncer que le Canada au nom d'une solidarité continentale s'alignera dorénavant avec une réduction de 17% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2006... trois pour cent de moins que ce à quoi les conservateurs s'étaient engagés il y a deux ans à peine. Ce qui ne se compare évidemment pas avec Kyoto, qui engageait à une baisse de six pour cent. Aucune réaction majeure. Pas de lever des boucliers.

Stephen Harper compte sur l'apathie de la population pour que sa propre apathie environnementale fonctionne. En parler ici, aujourd'hui, est déjà une preuve qu'il n'a pas encore réussi à noyer le poisson.

 

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