Le jeu en ligne

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Pierre Jury
Le Droit

Loto-Québec a dévoilé son intention d'offrir, dès l'automne 2010, du jeu en ligne, essentiellement du poker et des paris sportifs. Cela a évidemment soulevé un lot d'objections des autorités de la santé et des professionnels qui luttent contre les ravages du jeu: en même temps qu'il faut applaudir l'initiative de Loto-Québec, les avertissements lancés à l'endroit du gouvernement ne doivent pas être balayés sous le tapis.

Il faut reconnaître que les jeux de hasard ont connu une étonnante recrudescence avec l'arrivée d'Internet qui permet d'accéder à des sites de jeu 24heures par jour, sept jours par semaine. Ces sites offrent aujourd'hui des millions de dollars en prix et, de toute évidence, ne font rien pour faciliter le travail des gens qui aident les joueurs compulsifs.

 

Il existe aujourd'hui des milliers de ces sites. Et des milliers de joueurs qui les fréquentent. À 16h, hier, il y avait 123864 joueurs participant à 3184 tournois se déroulant en 24 langues sur le seul site Pokerstars.net. Sur FullTiltPoker.com, 97753 joueurs assis virtuellement à 32444 tables. Plus de 70000 joueurs à PartyPoker.com. Sur UltimateBet.com, 23709. Et ainsi de suite. Ce ne sont que quelques-uns, mais parmi les plus importants sites internet qui permettent des mises «en beaux dollars du Dominion», comme le disait Séraphin, dans la série télévisée Un homme et son péché.

Le jeu n'est plus le péché qu'il a été, justement. Pendant des décennies, il a profité à la mafia et aux autres groupes obscurs qui tenaient des salles de jeu clandestines, des «barbottes» un peu partout au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde. Le Québec a pris une décision de société, en 1969, de se substituer au crime organisé pour mettre sur pied des loteries et autres jeux de hasard. Cela s'est élargi aux casinos et aux vidéopokers, dans les années 1980 et 1990. Le secteur des jeux en ligne n'est que la suite logique de cette mainmise de l'État sur une activité qui est ludique au départ, mais qui peut prendre, pour certains, des proportions problématiques, voire dramatiques. Le Québec n'est pas seul dans ce dilemme; les autres provinces sont coincées dans cette dichotomie déchirante de profiter de la passion des gens pour les jeux de hasard et les cauchemars sociaux qu'ils provoquent chez des milliers de Québécois.

Nonobstant les sommes consacrées à aider les joueurs invétérés, le Québec empoche beaucoup de Loto-Québec. Environ 1,5 milliard$ de redevances annuelles depuis cinq ans, sur des revenus d'environ quatre milliardsde dollars. Le jeu est payant.

Le jeu en ligne est beaucoup plus lucratif encore, car les frontières géographiques ne tiennent pas. Selon Loto-Québec, ce sont 25 milliards$ de revenus qui se génèrent à travers la planète, dont 60 millions$ au Québec. Certains s'offusqueront que l'État désire se substituer à des entreprises privées; c'est un argument qui se tient. Mais un gouvernement a un atout dans le marché du jeu en ligne: sa crédibilité et sa solvabilité. Il existera toujours un doute dans l'esprit de certains joueurs quant à la possibilité de se faire payer dans le cas de gains importants, surtout que ces sites sont tous basés dans des états avec de faibles garde-fous comme Gibraltar, l'île de Man, Antigua et Malte. Impossible de poursuivre en justice en cas de litige.

Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a d'ailleurs souligné que le Québec ne serait pas le premier gouvernement à tenter de pénétrer ce marché. Les pays scandinaves, la France, la Belgique, l'Espagne et l'Australie y seraient déjà.

Enfin, comment éviter que cette nouvelle initiative de Loto-Québec ne soit perçue comme un ajout à l'offre de jeu aux Québécois? Loto-Québec pourrait tout simplement s'engager à restreindre ses campagnes de marketing des jeux en ligne au Québec, et concentrer ses efforts vers les marchés mondiaux. Ce serait là agir avec responsabilité dans une industrie où la vertu n'est pas chose commune.

 

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