Le jugement sévère, mais assez juste, des légions d'amateurs du Tricolore rappelle combien le sport est dur pour ses idoles. Il était un joueur discret mais admiré, un leader qui a prêché par l'exemple du sacrifice et de l'effort inlassant. Mais le passage de joueur à dirigeant n'est pas toujours tendre. Beaucoup échouent, et c'est d'autant plus difficile à voir que l'athlète aura été grand.
Bob Gainey a été entraîneur et/ou dirigeant dans la Ligue nationale de hockey pendant 20 saisons: plus longtemps que ses 16 années passées sur la glace, entre 1973 et 1989. Une décennie passée aux commandes des North Stars du Minnesota/Stars de Dallas, entre 1990 et 2001, s'est soldée par trois finales de la coupe Stanley, dont une conquête. C'est sur la foi de ces succès que Bob Gainey, membre du Temple de la renommée du hockey, a relevé le défi de revenir à Montréal, revenir là où il avait été proclamé un héros.
À Montréal, les équipes qu'il a supervisées, même parfois dirigées comme entraîneur, n'ont jamais connu de saisons de moins de 40 victoires. Ça aurait été suffisant ailleurs.
Pas dans la Métropole. Le peuple exigeait plus.
De toute évidence, il a tenté le tout pour le tout l'été dernier en laissant partir neuf joueurs, dont Alexei Kovalev, venu avec les Sénateurs d'Ottawa. Il les a remplacés par une escouade qui devait donner un nouveau souffle à l'équipe à l'aube de son second centenaire: Brian Gionta, Scott Gomez, Mike Cammalleri, principalement, et un trio de joueurs de soutien sans effet. Le pari était risqué et de toute évidence, aura pesé dans la décision finale, qu'elle ait été la sienne ou celle de ses supérieurs.
Car s'il y a un reproche que tous peuvent lui adresser, c'est d'avoir été un très ordinaire juge de talent. Une qualité que possède son successeur, Pierre Gauthier, qui a été le premier grand bâtisseur des Sénateurs, entre 1995 et 1998. Il a réglé la première grève d'Alexeï Yashine, embauché l'entraîneur Jacques Martin, repêché Chris Phillips et Marian Hossa au premier tour, et déniché du talent caché en Andreas Dackell, Sami Salo, Jani Hurme, Magnus Arvedsson et Karel Rachunek qui ont tous contribué par leur talent ou amené de l'eau au moulin via des transactions. C'est ce boulot que Pierre Gauthier sera appelé à accomplir à Montréal.
Le moment choisi pour changer «les mains sur le volant» pour reprendre l'expression du premier ministre Jean Charest étonnera. Il faudra comprendre là que des décisions charnière seront prises d'ici la date limite des transactions pour cette saison, entre autres pour le poste de gardien qui a été divisé cette année entre deux jeunes de talent, Jaroslav Halak et Carey Price. Montréal est un endroit sans pitié pour les gardiens rappelons-nous des difficultés de José Théodore et il importera de prendre la bonne décision pour l'avenir. Bob Gainey appuyait Carey Price sans retenue; Pierre Gauthier pourrait avoir une autre opinion.
Le départ de Bob Gainey signifie que tout est sur la table, et le coup de balai de l'été 2009 pourrait bien être suivi d'un autre.










