La montréalisation des ondes

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Pierre Jury
Le Droit

Le réseau Corus Québec a annoncé, hier, qu'elle branchait les régions du Québec sur l'émission matinale de Paul Arcand, produite à Montréal et en fonction de Montréal. Il s'agit d'un soufflet pour les auditeurs de CJRC 104,7 FM, en Outaouais, et des trois autres régions qui subiront le même lavage «montréaliste», l'Estrie, la Mauricie et le Saguenay.

Ce changement doit entrer en vigueur lundi, dès 5h30.

Corus Québec a souligné, en communiqué de presse, le nombre d'emplois qui étaient perdus à travers le Québec à la suite de cette décision. Et c'est ridiculement peu: deux emplois à temps plein dont Louis-Philippe Brulé, à Gatineau et un poste de chroniqueur, celui de Clinton Archibald. Ailleurs, les gens touchés seront réaffectés à d'autres tâches.

 

Mais ce n'est pas le nombre d'emplois qui compte dans cette décision de Corus Québec, mais ce qu'elle représente.

Ce virage signifie que la radio parlée du secteur privé tourne radicalement le dos aux régions du Québec. C'est une décision qui se justifie sans doute au plan économique, mais intolérable pour la vie économique et culturelle de toutes les régions touchées.

L'Outaouais souffrira de cette décision, peut-être davantage que les autres. Il existe au Saguenay une fierté bien particulière; l'Estrie et la Mauricie jouent depuis longtemps leur rôle au sein de la société québécoise. Mais l'Outaouais tarde toujours à prendre la place qui lui revient à l'échelle du Québec parce que trop à l'ouest, parce que trop intégralement connectée avec Ottawa, sa voisine, parce que l'ensemble de ses caractéristiques culturelles, linguistiques, économiques, démographiques et sociales font que l'Outaouais se démarque des autres. Pas meilleure ni moins méritante, juste différente. Et assurément moins reconnue à sa juste valeur.

Une radio est une voix collective qui unit autour d'une même pensée qui, avec les années, forge une âme partagée par une population qui dépasse le seul auditoire de la station. Dans une région qui dépasse les 250000 personnes dans sa principale zone urbaine, il devrait en cohabiter plusieurs pour répondre à tous les goûts: publique et privée, parlée et musicale, jeune et moins jeune,etc.

L'Outaouais vient de se faire dire que ne survivra plus la principale émission de sa radio privée et parlée, celle du matin. C'est cette émission qui d'ordinaire réunit l'essentiel des forces communicatrices de la station, celle qui orientera les nouvelles de la journée, celle qui mobilisera le discours public régional. Sans cette voix, l'Outaouais perd un immense morceau.

Certes, il en reste d'autres dans le paysage médiatique de l'Outaouais. D'autres radios, d'autres voix. Mais elles ne rejoignent pas le même public et ils seront des milliers, la semaine prochaine, à chercher des informations de leur coin du monde dans une émission qui viendra d'ailleurs. Elle sera bien faite cette émission; les qualités de son animateur Paul Arcand et de sa brochette de collaborateurs ne sont nullement mises en doute, mais cette émission ne fera que parler À l'Outaouais. Elle ne parlera pas DE l'Outaouais.

Un bloc de nouvelles locales de quelques minutes à l'heure ne pourra jamais remplacer troisheures et demie d'émission en direct à tous les jours.

La montréalisation des nouvelles est une menace pour tous les médias. Cela fait des années que les francophones hors-Québec se plaignent de la «québécisation» de Radio-Canada, par exemple.

Chaque mouvement qui concentre les voix collectives entre les mains de quelques-uns doit être combattu. Celui de Corus Québec, par son ampleur, doit être combattu avec véhémence et décrié avec fermeté car une fois installé, le changement sera irréversible. En perdant cette émission matinale, l'Outaouais perd beaucoup et ne récupérera rien au change.

 

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