L'ironie du sort, c'est ce que ce même Bureau fait depuis plusieurs années l'objet d'intenses critiques: l'homologue de MmeSaint-Germain en Ontario, André Marin, a déposé en 2008 un accablant rapport sur l'«Unité des enquêtes spéciales» (UES), car sa crédibilité avait été profondément entachée.
Triste réalité, quatre ou cinq Ontariens meurent chaque année sous les balles de policiers. L'Ontario a été un précurseur au pays en créant, dès 1990, son escouade spécialisée pour faire la lumière sur ces trop nombreuses calamités. Mais au tournant de 2000, il est devenu limpide qu'il ne suffisait pas de dépêcher une équipe de l'UES pour que la population retrouve toute la confiance dont a besoin un corps policier pour maintenir la paix et lutter contre le crime dans un territoire donné.
Pendant ces années, trop d'enquêtes ont été bâclées par l'UES. Trop de questions élémentaires demeuraient sans réponses. Pourquoi l'agent a-t-il dégainé? Y avait-il potentiellement d'autres gestes qui auraient pu être posés et qui n'auraient pas terminé par une mort d'homme? Et pourquoi l'UES n'a-t-elle pas posé toutes ces questions pendant son travail? Pourquoi n'a-t-elle pas interrogé tous les policiers sur la scène tragique dans les plus brefs délais?
Et de façon plus critique, l'UES tentait-elle de protéger la police en agissant ainsi?
Bref, la population concernée en est venue à perdre foi en l'Unité des enquêtes spéciales de l'Ontario parce qu'elle ne croyait plus à son impartialité, qui était et est toujours au coeur de son action.
C'est ce modèle que Raymonde Saint-Germain propose pour le Québec d'aujourd'hui.
Elle a de bonnes raisons de le faire. Son intérêt sur l'épineux problème de comment enquêter sur la police a germé lors de l'affaire Villanueva. Ce triste épisode est survenu à l'été 2008 lorsqu'un agent de la Police de Montréal a ouvert le feu et tiré sur Freddy Villanueva lors d'une intervention dans le quartier chaud de Montréal-Nord. Une enquête publique est toujours en cours afin de faire la lumière sur cet événement.
L'ombudsman André Marin a reconnu que le recrutement des enquêteurs de l'UES ne doit pas trop se faire dans les rangs policiers.
Une constatation intolérable aux yeux de Jean-Guy Dagenais, le président de l'Association des policiers provinciaux du Québec, qui craint que des civils et des «intellos à pipe» ne viennent juger a posteriori le travail des agents de la paix. C'est un commentaire étroit d'esprit qui sent le protectionnisme de bas étage.
Il ne faut pas écarter d'emblée les ex-policiers du travail d'enquête sur le travail d'autres policiers parce qu'ils ont une somme d'expérience qui peut être utile. Mais ils ne doivent même pas être en majorité parce que dans les situations tendues comme celle de Freddy Villanueva, les témoins ont le nez fin et la suspicion facile. Et il faut éviter que des réflexes du genre de Jean-Guy Dagenais ne viennent entacher la crédibilité d'une enquête.
Si M.Dagenais ne veut pas apprendre des cafouillages de l'Unité des enquêtes spéciales de l'Ontario, soit.
Mais le ministre québécois de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, ne doit pas tomber dans le même panneau.
Il doit donner suite à la recommandation de la Protectrice du citoyen... et refiler le dossier au ministère de la Justice, afin qu'il ne se place pas lui-même en situation de conflit d'intérêt comme responsable d'un corps policier et responsable de l'organisme chargé d'enquêter sur les corps policiers.










