Entre l'ambition et la réalité budgétaire

Pierre Jury
Le Droit

Il n'y a aucune certitude dans le sport, et plus il est pratiqué à un haut niveau, plus son résultat est imprévisible. La performance canadienne aux Jeux olympiques de Vancouver déçoit plusieurs de nos compatriotes et certains dirigeants du Comité olympique canadien (COC), qui avaient fixé un objectif d'une trentaine de médailles... afin de terminer au premier rang du classement des nations.

Tout cela n'était pas basé sur du vent, mais sur des prévisions à partir des résultats de nos athlètes en 2009, lors des divers championnats du monde dans les disciplines d'hiver. Cela avait été la manne: un total de 29... et les observateurs olympiques étaient confiants que la tenue des compétitions en sol canadien serait propice à un renouvellement de ces performances, plus quelques surprises encore.

 

Après une semaine de compétitions, les espoirs étaient encore permis. Marcel Aubut, le président élu du COC, répétait encore, en fin de semaine: «À mi-chemin, ne vous attendez pas à ce qu'on révise notre objectif, même si nous savons que ce sera difficile à atteindre.»

Maintenant que les compétitions de patinage de vitesse sur courte piste sont réglées, le discours officiel a changé.

«Ce serait se bercer d'illusions que de penser que nous avons des chances de rattraper les Américains et terminer au premier rang», a reconnu Chris Rudge, le chef du COC.

Qu'est-ce qui n'a pas marché? Faut-il imputer une faute à quelqu'un?

Au-delà de l'impossibilité de garantir des podiums, il ne faut surtout pas imposer la faute sur les épaules des athlètes qui, eux, ont tout donné.

Ce n'était pas une faute que de prédire la première place au classement des pays participants. Mais c'était osé. Et ce n'était tellement pas canadien que de se voir comme les meilleurs, de claironner: «À nous le podium!» Cela a créé des attentes que le Canada n'aurait pu réaliser qu'avec un incroyable alignement des planètes. Ce n'est pas arrivé, mais ce n'est pas la déconfiture pour autant. Seule une absence du podium pour les hockeyeurs canadiens provoquera une sévère remise en cause de tout le système. Car, pour le reste, tout fonctionne assez bien, malgré tout.

Le Canada reverra, comme à chaque olympiade, ses objectifs et les moyens possibles et nécessaires pour s'y rendre.

Avec la perspective d'accueillir les Jeux d'hiver, le Canada a consenti un appui financier exceptionnel aux athlètes de sports olympiques. Le programme d'appui baptisé «Vers l'excellence», au départ, a pris un nom plus ambitieux: «À nous le podium». D'un objectif de viser l'excellence, les attentes avaient haussé d'un gros cran, et c'est de victoire pure et simple dont il fallait parler. Une quatrième place ne suffirait pas.

Le gouvernement fédéral consent 11 millions$ par an pour les sports d'hiver. Cette somme était majorée par des contributions du secteur privé, via le Comité organisateur des Jeux de Vancouver. Ces sous de commandites ne devraient pas revenir et le COC exerce des pressions pour que le fédéral majore sa contribution de 11 à plus de 30 millions$ pour compenser.

C'est un pensez-y-bien. L'ère est à l'austérité budgétaire à Ottawa et le gouvernement de Stephen Harper déposera son prochain budget jeudi prochain. On prédit des ceintures qui se resserreront et le moment n'est pas propice à demander de gonfler des budgets.

Tous les partis politiques aiment les Jeux olympiques et l'esprit de fierté qui est fouetté au sein de la population. Le gouvernement Harper n'y fait pas exception. Ce sera à lui de décider s'il peut engager un 20 millions$ par année de plus.

Quand le déficit atteint déjà 55 milliards$, osera-t-il aller un pas plus loin? Ce serait souhaitable. Mais la vraie réponse arrivera sous peu.

 

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