En Grèce, comme dans 15 autres pays d'Europe, les gouvernements ont mis au rancart leurs monnaies nationales pour adopter une devise commune, l'euro.
En rejoignant la « zone euro », les pays cèdent une partie du contrôle sur leurs économies à un organisme central, la Banque centrale européenne. Ils doivent respecter certains paramètres économiques, comme le déficit et le niveau d'endettement, mais profitent de la force composée des économies européennes.
Quand tout va bien, personne ne se soucie de rien. C'est quand les choses commencent à aller mal que l'Union européenne est ébranlée, et la monnaie commune aussi.
C'est ce qui se produit présentement au sein des économies plus faibles de l'Europe : le Portugal, l'Irlande, l'Italie, la Grèce et l'Espagne. La Grèce est le premier pays à passer dans le tordeur économique et nous constatons, ces jours-ci, les désavantages de la mise en commun d'outils nationaux. En premier lieu, la Banque centrale de chacun de ces pays qui a abandonné une partie de sa souveraineté.
Ce débat n'est pas sans intérêt pour le Canada, et même pour les souverainistes du Québec.
À intervalles réguliers, certains lobbies du Canada souhaitent que le Canada abandonne le dollar canadien en faveur du dollar américain. De la même manière, le mouvement indépendantiste au Québec est parfois divisé sur la pertinence de garder le dollar canadien dans un Québec indépendant, plutôt que de créer sa propre monnaie.
La crise en Grèce démontre la pertinence pour les États de garder le contrôle sur ses leviers économiques. La Grèce a surfé sur un euro fort depuis son lancement, au point de cacher à ses partenaires européens le vrai portrait de son économie. Son déficit estimé à 12,7 % est quatre fois plus élevé que les trois pour cent obligés au sein de la zone euro. (Elle n'est pas le seul pays à avoir péché : plusieurs autres, dont la France, ont fait pareil.)
La Grèce n'a pas vécu grassement, mais au-dessus de ses moyens pendant 10 ans avec des pensions de retraite très généreuses, une fonction publique d'un coût au-delà de sa capacité de payer.
Voilà que, lorsque le pot aux roses est découvert, la population grogne devant les mesures d'austérité que lui imposent ses voisins européens. On la comprend et cela explique en partie la victoire du gouvernement socialiste de Georgios Papandréou en octobre 2009.
Aujourd'hui, la Grèce doit rééchelonner plus de 50 milliards $ de sa dette et a les mains liées par les politiques de la Banque centrale européenne. La Grèce n'a plus l'autonomie qu'elle avait et refinancer sa dette lui coûtera plus cher que si elle était hors de la zone euro.
Pour le moment, nous parlons de la Grèce. D'autres pays de la zone euro voguent à la limite de l'acceptable. L'euro est un superbe concept pour un continent qui voulait mettre ses ressources en commun et créer un contrepoids à l'économie américaine et, en regardant vers l'avenir, à l'économie de la Chine.
Mais ça ne se fait pas sans un prix à payer : l'abandon d'un levier économique crucial, sa Banque centrale. Les annexionnistes de l'économie canadienne et les souverainistes québécois qui veulent ménager la chèvre et le chou - garder des éléments de l'économie canadienne tout en profitant du statut de nation autonome - devraient en prendre bonne note.










