Coûts de sécurité accrus

Prendre l'avion n'en vaudra plus la peine

Pierre Jury
Le Droit

Les nouveaux scanners corporels que l'on in­­s­­talle dans les principaux aéroports du Canada, dont Ottawa, ne sont pas gratuits. En plus de gêner un certain nombre d'usagers, le gouvernement fédéral a révélé, cette semaine, que la fac­­ture sera directement refilée aux consommateurs.

Enfin, pas à tous les consommateurs. À tous les usagers des services aéroportuaires. Les frais vont de 2,58 $ à 8,91 $ pour chaque vol, selon qu'il est intérieur, vers les États-Unis ou vers d'autres pays.

Il paraît que c'est le prix à payer pour assurer notre sécurité à bord d'aéronefs.

Pour le gouvernement conservateur, une préoccupation prime, en sus de celle sur la sécurité : celle de la perception politique. Le ministre des Transports, John Baird, ne veut absolument pas dire qu'il s'agit d'une nouvelle taxe - les conservateurs sont allergiques à l'idée - mais bien de « frais d'usagers ».

Sur ce strict point, il a raison. Le dictionnaire Petit Robert spécifie assez nettement qu'une taxe est « une imposition obligatoire... qui n'est pas proportionnelle à un service ». Ce n'est pas le cas ici. Selon ce qu'il est permis d'apprendre, le gouvernement du Canada n'empochera pas une partie de ces revenus : ils seront versés à l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien. Sur une période de cinq ans, le ministre Baird a parlé d'un transfert de 1,5 milliard $, soit 300 millions $ par année en moyenne.

Mais il ne faut pas perdre de vue que ces 300 millions $ représentent de nouveaux coûts pour les voyageurs. Une note facturée quel­­ques dollars à la fois, mais qui s'ajoute à plusieurs autres « frais cachés » dans l'industrie du transport aérien : taxe d'amélioration aéroportuaire, frais de stationnement, surcharge pour le carburant, etc.

À un moment donné, les consommateurs pourraient bien décider que prendre l'avion n'est plus le moyen de transport préféré sur des courtes ou moyennes distan­­ces. Que les coûts combinés, les fouilles de sécurité, les listes d'in­­grédients à contrôler, les pé­­rio­­des d'attentes, les contrôles frontaliers, n'en veulent sim­­plement plus la peine. Des experts-conseils - toujours bien payés, à nos frais, évidemment - investigueront la question pour conclure que ce n'est pas un élément qui fait pencher la balance, mais l'effet cumulateur d'une série de mesures raisonnables et bien intentionnées, qui poussent le voyageur à regarder d'autres modes de transport... ou à demeurer à la maison.

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