Troublants trouble-fête

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Pierre Bergeron
Le Droit

La peur de déranger ou de passer pour des trouble-fête expliquerait pourquoi des francophones ne demandent pas des services en français, plus particulièrement dans le domaine de la justice.

Cette observation est au coeur d'une étude en deux volumes sur «les mécanismes d'offre des services en français dans le domaine de la justice en Ontario», dirigée par Linda Cardinal de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l'Université d'Ottawa et préparée pour le Bureau de la coordonnatrice des services en français des ministères du secteur de la justice de l'Ontario.

 

Sans s'en étonner outre mesure, ce sentiment est omniprésent dans la vie de tous les jours, non seulement dans le domaine de la justice, mais aussi dans toutes les sphères du vivre en français en Ontario. Comme un grand nombre de francophones sont bilingues, ils n'hésitent pas à passer à l'anglais. «Je me sens comme si je suis en train de causer un stress à l'autre personne.» «La gêne, je ne sais pas, c'est ce que j'ai connu depuis mon enfance, c'est une réalité pour moi.»

Or, il semble exister une déconnexion entre la perception des fonctionnaires qui «ont généralement une bonne connaissance des obligations d'offrir des services en français et une grande appréciation des outils à leur disposition», et celle des usagers qui souhaitent des améliorations pour rendre l'offre de service véritablement active.

L'étude souligne à juste titre que la pénurie de professionnels bilingues peut remettre en cause la légitimité même du système de justice. Par exemple, certains usagers sont convaincus que demander un service en français à la police augmente le montant d'une contravention. Que celui qui ne le croit pas lance la première pierre.

À juste titre, les recommandations du rapport pointent vers le gouvernement pour changer la culture organisationnelle au sein des ministères du secteur de la justice pour y valoriser le français. Même si cela se joue à deux, il va sans dire que «le fardeau de la preuve» de services en français repose d'abord sur le gouvernement qui doit avoir davantage de professionnels bilingues pour «éviter une fausse offre active» et créer un climat favorable aux services en français.

Comment éliminer ce sentiment d'être des trouble-fête si ce n'est par des gestes, des signes, une culture d'accueil et des ressources pour que les usagers se sentent bienvenus dans leur langue partout en Ontario et ne se sentent pas désavantagés ou doublement punis parce qu'ils ne s'expriment pas dans la langue de la majorité? On est aussi vulnérable en justice qu'en santé quand on ne peut s'y exprimer dans ses propres mots ou qu'on ne se sent pas à l'aise de les utiliser de peur de déranger. Le fardeau de la preuve des services en français repose d'abord sur les épaules du gouvernement.

Miracle sur Sussex!

Finalement, ce n'était pas si compliqué. Il ne fallait que de la bonne volonté, de l'argent et l'indignation de l'ambassadeur américain. Hérités des attentats du 11septembre 2001, les affreux murets ou bourrelets de béton qui longent l'ambassade américaine sur la rue Sussex disparaîtront au cours de la prochaine année.

Il semble bien que les astres du bon goût et du bon sens se sont alignés pour que la ville d'Ottawa, le ministère des Transports et de l'Infrastructure, la CCN et l'ambassade américaine décident tous ensemble que la comédie avait assez duré. La facture de 3,125 millions$ pour "l'installation de bornes de protection plus esthétiques dans le but de remplacer le barrage de sécurité en béton" sera principalement assumée par le fédéral incluant une contribution d'un demi-million$ du gouvernement américain et une autre de la ville.

Depuis son arrivée à Ottawa, l'automne dernier, le nouvel ambassadeur américain David Jacobson avait remarqué ces horribles murets. Son aversion s'est ajoutée à l'unanimité des citoyens et touristes. Et, en passant, ces murets sont aussi laids sur la rue MacKenzie mais ils ne semblent pas faire partie du projet. Dommage! Ces murets sont affreux des deux côtés.

 

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