Le courage des Irakiens

Pierre Allard
Le Droit

Peu importe le vainqueur, peu importe les irrégularités, la planète entière peut tirer un enseignement salutaire des élections en Irak. Sous les menaces de violence, sous les obus et les bombes qui ont fait 38 morts et plus de 100 blessés, Irakiens et Irakiennes sont allés voter en grand nombre aux élections législatives dimanche. Le taux de participation a dépassé le seuil des 60% dans plusieurs régions du pays, tant chez les Sunnites que chez les Chiites et les Kurdes. À ceux et celles qui pourraient douter de l'attrait de la démocratie, même dans des régions qui l'ont peu connue, voilà une preuve éclatante.

Le peuple irakien n'est pas habitué à décider de son propre sort. Après la brutale dictature de Saddam Hussein, le pays a été envahi en 2003 sous le faux prétexte de l'existence d'armes de destruction massive. Il en est résulté une occupation militaire durant laquelle des centaines de milliers de personnes ont été tuées, blessées et chassées de leur foyer. Aujourd'hui l'Irak alterne entre une paix très relative et des allures de guerre civile, pendant que l'administration Obama cherche des moyens de réparer les pots cassés. Malgré tout, les citoyens irakiens sont allés voter.

 

Cela peut sembler banal, mais le choix de nos gouvernants est la pierre d'assise de la démocratie. Au Québec, en Ontario, dans l'ensemble du Canada, on tient ses droits pour acquis et trop souvent, on les prend à la légère. Faute d'apprendre l'histoire du pays, on a oublié les combats des Patriotes de 1837 contre l'autoritarisme britannique de l'époque et les luttes des femmes pour obtenir le droit de vote durant la première moitié du xxesiècle. En 2010, trop de nos citoyens se désintéressent de leur rôle d'électeur, de leur pouvoir de nommer ceux et celles qui feront nos lois et règlements et qui dépenseront nos impôts.

Les taux de participation aux élections fédérales, provinciales et municipales sont à la baisse, un indice certain d'une indifférence croissante de l'électorat. Aux élections fédérales d'octobre 2008, à peine 58,8% des électeurs inscrits se sont présentés aux bureaux de scrutin. Aux élections québécoises de décembre 2008, le taux de participation oscillait autour de 57%. Aux plus récentes élections municipales d'Ottawa, c'était 54% tandis qu'à Gatineau, en novembre 2009, seulement 38,5% des électeurs allaient voter. Et ne parlons pas des élections scolaires, où moins de 10% des citoyens font leur devoir.

Le pire, c'est que ceux et celles qui ne se donnent même pas la peine de voter sont souvent les premiers à se plaindre des politiciens, des taxes et des lois. Quels irresponsables! Le courage des Irakiens devrait les faire rougir de honte.

Long séjour aux limbes politiques

En plus de ne rien comprendre à la dualité linguistique du pays et d'agir en conséquence, les conservateurs ontariens ont un problème de fond.

Leur nom est à jamais associé à deux décisions qui ont marqué l'histoire de l'Ontario français: l'adoption en 1912 du Règlement XVII par le gouvernement conservateur de James Whitney et les assauts répétés contre l'hôpital Montfort sous l'administration de Mike Harris.

Dans le catéchisme franco-ontarien, ce ne sont pas des péchés véniels, et le pardon semble devoir être précédé d'un très long séjour aux limbes politiques.

Pourtant, il fut un temps où les conservateurs se montraient davantage à l'écoute des besoins des francophones. C'est le premier ministre conservateur John Robarts qui était aux commandes dans les années 60 quand les Franco-Ontariens ont obtenu leur réseau d'écoles publiques de langue française. Aujourd'hui, les dinosaures ont repris le dessus. Leur incompréhension de la dynamique du fait français, en Ontario comme au Canada, témoigne d'une vision étroite et "provincialiste".

 

 

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