Coûteuse ouverture sur le monde

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Pierre Bergeron
Le Droit

Tous les discours du Trône devraient avoir l'envergure et le contenu de celui qui a ouvert, lundi, la nouvelle session de la Législature ontarienne. Le problème, c'est que le discours du trône est un «discours». Ce n'est pas le budget à venir dans deux semaines, où il faudra composer avec un déficit de 25 milliards$, avec une récession qui a fait des ravages terribles dans son économie et avec des dizaines de milliers d'emplois à transformer. La tâche est titanesque.

Le plan quinquennal Ontario ouvert sur le monde ne manque pas d'ambition. On ne peut reprocher au gouvernement McGuinty de voir grand ou de manquer d'estime de soi. «Le monde a besoin de l'Ontario.» Or ce plan a un grand mérite que l'on ne retrouve pas souvent dans des exposés du genre, celui de préciser des priorités et de donner des cibles à atteindre. On connaît la direction. On se donne un échéancier de cinq ans. Mais les défis sont immenses, d'autant plus que l'Ontario fait maintenant partie des provinces «pauvres» de la Confédération.

 

De plus, le premier ministre Dalton McGuinty ne peut faire abstraction du fait que son gouvernement a perdu en popularité et que l'implantation de la taxe de vente harmonisée l'été prochain, bien que positive pour l'économie, ne se fera pas dans l'«harmonie». Bien au contraire. Toute mesure fiscale, si favorable soit-elle, ne se fait jamais dans un vide absolu.

Si les Québécois trouvent que les coûts de santé explosent, ils devraient se tourner vers l'Ontario où l'on prévoit que, d'ici 2022, ils engloutiront 70 cents de chaque dollar destiné aux programmes gouvernementaux contre 46 cents présentement et 32 cents il y a 20 ans. C'est un redoutable défi à relever que de limiter la part que la santé occupe dans les dépenses ontariennes, et celles des autres provinces également. «Comment pouvons-nous continuer de financer un système de santé de premier ordre sans écarter toutes les autres priorités qui nous tiennent à c_ur?» Plusieurs solutions sont évoquées dans le discours du Trône, mais les ratés et les retards à cyberSanté Ontario démontrent qu'il ne sera jamais facile d'augmenter la productivité, de réduire les coûts ou en limiter la croissance, tout en contrôlant la part qu'occupe la santé dans les dépenses publiques.

L'éducation a toujours fait partie des priorités du gouvernement McGuinty et le nouveau plan quinquennal y consacre un large pan. Là encore, l'Ontario se donne des objectifs chiffrés fort ambitieux, particulièrement en éducation postsecondaire, puisque 70% des emplois de la nouvelle économie nécessiteront une éducation collégiale ou universitaire. L'Ontario veut faire passer de 62% à 70% le taux de participation aux études postsecondaires, ce qui représente 20000 étudiants de plus d'ici cinq ans. On créera un nouvel institut ontarien d'enseignement en ligne et on veut augmenter de 50% le nombre d'étudiants étrangers dans le postsecondaire.

Derrière ces objectifs ambitieux, se cachent cependant quelques pièges. C'est bien beau d'augmenter la fréquentation dans nos collèges et universités, encore faut-il que l'encadrement et l'accompagnement suivent le rythme d'accroissement des effectifs, que les enseignants aient les outils et le temps nécessaires pour faire face à cette demande additionnelle. Plus on augmente les cohortes, plus il faut augmenter l'accompagnement qui, lui aussi, coûte cher.

Le «nouvel» institut ontarien d'enseignement en ligne verra-t-il le jour en deux livrées séparées, l'anglophone et la francophone? L'histoire nous a appris qu'en éducation, les institutions bilingues peuvent devenir des bouillons d'assimilation. L'histoire nous a également appris que, pour se développer, les institutions francophones doivent miser sur les partenariats et développer des masses critiques qui leur permettent d'offrir des programmes en qualité et en nombre suffisants pour attirer la clientèle. Cela suppose des coûts additionnels et la nécessité d'ententes et de programmes pancanadiens de formation à distance.

Ontario ouvert sur le monde est un document intéressant et ambitieux qui appuie sur les bons leviers et qui doit maintenant passer son véritable test, celui de la capacité de l'Ontario de se le payer.

 

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