Déficits : crever l'abcès!

Pierre Allard
Le Droit

Le problème des déficits des centres de santé et de services sociaux (qui englobent les hôpitaux) est chronique et ne se limite pas à l'Outaouais. On s'efforce depuis de nombreuses années à équilibrer les budgets. Ces efforts ont été menés sans trop de succès par des générations successives d'experts talentueux et intègres au sein du CSSSG, à l'Agence de santé, au ministère de la Santé et au conseil des ministres du Québec.

Pourquoi l'objectif semble-t-il inatteignable après avoir cherché à hue à dia des solutions ? Le gros bon sens dicte la réponse. Il y a de toute évidence une pénurie d'employés clés - notamment d'infirmières et de médecins. Quand bien même on ferait bondir les déficits en ajoutant des millions, le personnel n'est tout simplement pas disponible en nombre suffisant.

On peut donc difficilement se permettre de sabrer dans les effectifs actuels pour sauver des sous. On manque déjà de monde !

Le rapport sur le Foyer du Bonheur, rendu public mercredi, vient appuyer cette thèse. Le centre héberge trop de personnes âgées et manque de personnel. Que faut-il faire alors ? Expulser des personnes âgées ? Augmenter rapidement le personnel ? Réduire le nombre de lits ? Reconstruire ou rénover le Foyer du Bonheur ? Construire un autre centre d'hébergement ?

Peu importe la solution, elle aura pour conséquence d'aggraver le déficit du CSSSG.

Le public se plaint, dans plusieurs régions du Québec de l'engorgement des urgences et des délais de service. Certaines causes sautent aux yeux. Des dizaines de milliers de citoyens de l'Outaouais n'ont pas de médecin personnel et n'en trouveront pas. Que reste-t-il en cas de besoin immédiat, à part les urgences cliniques et hospitalières ?

Par ailleurs l'état de la santé de la population se détériore et la proportion de personnes âgées augmente rapidement. L'obésité, l'oisiveté, la malbouffe, toutes contribuent à une surcharge future de nos institutions de soins de santé.

Il faudra former plus de médecins et d'infirmières. Le problème, c'est que cela prend des années et que leur arrivée augmentera les coûts... Il faudrait une population en meilleure santé : facile à dire, moins facile à faire. Cela nécessitera des décennies d'efforts, d'éducation, de prévention. Quant au vieillissement, on ne peut rien y faire ! Nos institutions de santé seront aux prises avec un nombre croissant de « vieux » ayant besoin de soins pendant que le bassin de jeunes pour les servir continue de rétrécir.

Mettons fin au gaspillage, crient certains. Bien sûr il existe une certaine quantité de gaspillage et d'abus. Il y en a partout, dans tous les ministères fédéraux et provinciaux, dans toutes les entreprises privées et dans les domiciles de l'immense majorité de la population. Le fait demeure : dans nos soins de santé comme ailleurs, l'immense majorité des employés est travaillante, intègre, compatissante et dévouée. Tous en conviennent.

On ne peut tout de même pas fermer l'urgence, la cardiologie, la cancérologie, la néphrologie ou d'autres services essentiels aux mandats des CLSC, centres d'hébergement et hôpitaux, où qu'ils soient, pour économiser des sous. Ou peut-être faudrait-il, un jour, se résoudre à le faire pour quelques jours ou quelques semaines, question de crever l'abcès.

Le président du conseil d'administration du CSSSG, Bruno Bonneville, a raison : si quelqu'un connaît des moyens d'améliorer la situation actuelle et d'éliminer le déficit, qu'il se manifeste. Plusieurs ont essayé en vain. Cette fois, le ministère envoie au CSSS de Gatineau un « accompagnateur ».

Peut-être fera-t-il un miracle. Tous le souhaitent mais le plus probable, c'est qu'il devra sans doute, lui aussi, finir par accepter qu'il existe un manque de ressources humaines et financières.

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