Vers un gaspillage de fonds publics

Pierre Allard
Le Droit

Une commission d'enquête sur la violence et l'intimidation dans l'industrie de la construction au Québec serait un magistral gaspillage de fonds publics. Pourquoi grossir la dette collective quand nous connaissons déjà les conclusions. Tout le monde sait qu'il existe depuis toujours dans l'industrie de la construction de la violence et de l'intimidation. C'est simple, non ?

Alors que nous donnerait une nouvelle commission d'enquête ? Une multitude d'audiences, d'interminables témoignages d'experts, une prolifération d'études, des accusations et contre-accusations, des milliers de pages de documents imprimés et électroniques. L'expertise de Québec en matière de commissions, de comités, de consultations et de rédaction de rapports est légendaire. Au chapitre des résultats, toutefois, les performances sont moins reluisantes.

Déjà à l'époque de l'ancienne Commission dirigée par Robert Cliche, formée en 1974 après le saccage du chantier de LG2 à la Baie James, des enquêtes policières avaient révélé la présence d'éléments criminels dans certains syndicats de la FTQ construction, mis par la suite en tutelle. Le problème d'une infiltration par la pègre, de menaces, d'agressions et autres formes de violence existait bien avant cette commission et a continué d'exister bien après.

La formule de placement syndical est-elle en cause ? Faudrait-il plutôt confier le placement des travailleurs à la Commission de la construction du Québec ? La puissante FTQ-Construction est-elle vraiment si « intouchable » que certains le prétendent ? Les réponses éventuelles à de telles questions, quoiqu'importantes, n'ont absolument rien à voir avec les gestes illégaux posés sur les chantiers. Dans n'importe quel système, il existera des dérapages et rien ne prouve que la CCQ ferait mieux que la FTQ.

Les enquêtes sur les actes criminels dans le milieu de la construction relèvent avant tout de la compétence des forces policières. C'est à elles que le gouvernement doit s'adresser pour trouver, mettre en accusation et coffrer les coupables. L'ex-dg de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, vient d'être accusé de fraude et son sort est entre les mains du système judiciaire. C'est ainsi qu'il faut procéder : enquêter, amasser des preuves, accuser et laisser la justice suivre son cours.

Réussira-t-on à mettre fin à la violence et à l'intimidation ? Non. Mais si on y met suffisamment de moyens, l'intervention policière fera une différence. Des bandits seront derrière les barreaux, au lieu d'être à la barre des témoins à une commission d'enquête.

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