Voisinage et embonpoint

Pierre Bergeron
Le Droit

Les milieux de vie sont une source intarissable d'études pour les chercheurs, les fonctionnaires et les politiciens. La dernière en ligne est l'Étude de quartiers d'Ottawa, rendue publique la semaine dernière par l'Institut de recherche sur la santé des populations de l'Université d'Ottawa et financée par les Instituts de recherche en santé du Canada.

On notera la piètre qualité de la version française du site , bourré de fautes.

Au cours des dernières années, plusieurs organismes ont publié des études fort intéressantes sur nos milieux de vie. La Fondation communautaire d'Ottawa publie depuis quelques années Signes vitaux d'Ottawa qui fait le bilan de santé annuel de la ville. En 2004, Centraide de Toronto a préparé une étude remarquable sur la pauvreté par le code postal (Poverty by Postal Code) qui traçait un portrait fort troublant de l'évolution et de la prolifération des quartiers pauvres dans la Ville-Reine. Depuis environ 30 ans, le Groupe d'études des conditions de vie et des besoins de la population (ÉCOBES) du Cégep de Jonquière se penche sur des problématiques semblables.

 

Sans surprise, l'Étude de quartiers d'Ottawa confirme que les quartiers où nous vivons affectent à la fois la santé des individus et, surtout, l'écart de santé entre riches et pauvres. «Pourquoi l'emplacement compte toujours.» Faut-il vraiment s'en étonner? Les chercheurs voulaient comprendre comment les caractéristiques physiques et sociales de 94 quartiers et voisinages d'Ottawa affectent la santé de leurs résidants. Elles émanent du recensement de 2006, de la CCN, de la ville d'Ottawa, des conseils scolaires, des hôpitaux et des centres communautaires. Il en résulte une étude unique, riche et fort complète.

Il va sans dire que le risque de stigmatisation de certains quartiers est omniprésent dans un tel exercice. Toutefois, les informations colligées et les observations qui en découlent sont d'une importance capitale pour comprendre comment le milieu de vie influence la santé et le mieux-être. Les décideurs municipaux peuvent ensuite se servir de ces informations pour la planification et la coordination. Par exemple, l'étude sur la pauvreté par les codes postaux a permis de mieux cibler la lutte à la pauvreté à Toronto. Il en va de même pour les Signes vitaux d'Ottawa qui donnent une bonne vue d'ensemble à la Fondation communautaire pour orienter son action.

Dans le cas de l'Étude de quartiers d'Ottawa, on a établi un lien entre le milieu de vie et l'indice de masse corporelle, la fréquentation des urgences et l'apprentissage scolaire. Ces observations sont très importantes, car elles mettent le doigt sur le phénomène de la prolifération de la restauration rapide dans certains quartiers depuis les années 1970. Il n'y a plus d'épicerie au centre commercial Bayshore dans l'ouest d'Ottawa et la plus proche est à 2,5 kilomètres. On pourrait faire la même observation dans l'Île-de-Hull. L'étude tend à démontrer que l'obésité est davantage présente dans les quartiers où il y a prolifération de restauration rapide et qu'il y a moins de personnes obèses dans des quartiers où il y a de petites épiceries spécialisées. La lutte à la malbouffe n'est donc pas qu'une question de choix d'alimentation, mais également des caractéristiques du quartier où l'on vit.

La disparition des épiceries de quartier est une tendance lourde aux conséquences incalculables sur la santé des citoyens des deux rives de l'Outaouais. Si on ne mange pas assez et mal, s'il faut faire des kilomètres pour aller à l'épicerie, si on peut se procurer un beigne et un hamburger au coin de la rue, il ne faut pas s'étonner que la santé et la qualité de vie prennent le bord gracieuseté de la malbouffe érigée en alimentation de base.

Les politiciens et les décideurs n'ont d'autre choix que de plonger dans l'Étude de quartiers d'Ottawa et en tirer les conclusions qui s'imposent. Cela ne signifie pas que l'on peut inverser d'un coup de zonage une tendance des quatre dernières décennies. Ils ont cependant en main suffisamment de données pour éviter la catastrophe qui menace à long terme non seulement certains quartiers d'Ottawa, mais également la société nord-américaine.

 

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