Le SPQ Libre s'est autoexclu

Pierre Jury
Le Droit

Le Parti québécois fait les manchettes alors qu'un groupe de militants, réunis sous la bannière SPQ Libre, s'est fait montrer la porte. Mais en réalité, ce sont eux qui n'ont donné aucune chance à Pauline Marois d'agir de la sorte.

Certes, le club «Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre» incarnait des idées plus à gauche que le PQ sous Pauline Marois. La présence de franges militantes au sein de partis politiques n'a rien d'inhabituel: toutes les formations ont leurs camps qui sont plus ou moins à gauche, plus ou moins à droite, plus ou moins en appui à certaines idées politiques. Le Parti conservateur du Canada a ses «Red Tories» lesquels défendent des idées plus proches du centre politique; on y associe des gens comme le sénateur Hugh Segal, par exemple, et le ministre des Affaires extérieures Lawrence Cannon.

 

Au fil des années et un peu à l'image de la société québécoise, le Parti québécois a lentement et progressivement glissé vers le centre, s'éloignant de certaines mesures associées à la social-démocratie. L'État-providence a fait place à un État-accompagnateur, notamment dans les mesures d'appui à l'économie. Le gouvernement veut moins faire à la place du citoyen et du secteur privé, mais veut l'épauler, pour multiplier ses effets de levier. La gratuité universitaire, tenue pour objectif à une certaine époque, recueille bien moins d'appuis hors des milieux étudiants. Le «tarif patrimonial» d'Hydro-Québec est de plus en plus attaqué pour générer davantage de revenus pour l'État. Et ainsi de suite.

Le SPQ Libre militait contre la montée de la droite. Soit. Il luttait contre les rênes que le PQ endossait dans les relations de travail avec les fonctionnaires de l'État québécois. Il luttait contre la mise au rancart de l'échéancier référendaire, que Pauline Marois avait fait passer lors de son ascension à la tête du Parti québécois.

Mais le SPQ Libre luttait mal à l'intérieur des cadres du parti. Il était associé à des sorties publiques embarrassantes pour la direction du PQ. André Boisclair a été une cible, et Pauline Marois avait ses difficultés à garder les débats d'orientation stimulés par cette frange gauche à l'intérieur des cadres du parti.

En politique partisane, le militant doit choisir s'il veut agir au sein d'un parti, ou de l'extérieur. S'il choisit de mener son action de l'intérieur, il doit s'astreindre à un minimum de discipline et qui commence par ne pas faire mal paraître ses leaders politiques. De laver son linge sale en famille. De toute évidence, deux des principaux meneurs du SPQ Libre, Marc Laviolette et Pierre Dubuc, en étaient difficilement capables.

Lors d'un conseil national du Parti québécois, en fin de semaine, le SPQ Libre a été écarté. Mais en réalité, il s'est écarté lui-même du débat.

Pauline Marois a pris la décision qui s'imposait. Elle a parlé d'«unité et de la solidarité nécessaires pour débattre dans le respect». Dans le monde politique actuel, elle a tout à fait raison.

Le Québec a viré vers le centre-droit. À preuve, la force passagère de l'Action démocratique du Québec. Ses larges appuis à l'élection de 2007 lui ont valu 41 sièges à l'Assemblée nationale. C'est certainement électoraliste comme l'accuse M.Laviolette, mais une bonne partie des 30% des électeurs de 2007 se demandent s'ils appuieront l'ADQ la prochaine fois. Ils ont été 700000 à ne pas voter en 2008 et le PQ veut les courtiser. Ce n'est pas en revenant à l'idéal de la social-démocratie qu'il le fera, mais en grappillant des idées au centre de l'échiquier politique.

Ce n'est pas un mystère que le Parti libéral de M.Charest vise séduire cette même clientèle, et l'Action démocratique du Québec veut prouver que son nouveau chef Gérard Deltell peut les ramener dans le giron du parti.

Tout ça, c'est de la politique-réalité. Et c'est bien loin des priorités du SPQ Libre, qui désire combattre la montée de la droite et la mise au rancart d'un échéancier référendaire contraignant. Soit. Le SPQ Libre vient d'en payer le prix. Il reste à voir jusqu'où la population suivra ce mouvement.

 

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