Quoi que veuillent nous faire croire ces derniers...
Tant que ce n'était que des francophones qui se disputaient entre eux, le litige n'intéressait personne. Mais, maintenant que ce sont les conseils anglophones qui sont visés, certains s'interrogent sur la légalité et même la moralité de l'affaire.
Un conseiller scolaire du secteur Orléans et Cumberland, John Shea, a même souhaité l'avis de la ministre ontarienne de l'Éducation, Leona Dombrowsky, dans cette affaire.
Finalement, on apprendra que les conseils scolaires de langue française sont tout à fait légitimés d'agir de la sorte, justement parce que des campagnes publicitaires de ce genre rappellent à ceux qui pourraient l'avoir oublié que l'école française existe bel et bien, et qu'elle n'offre absolument pas une éducation de seconde classe, au contraire. Des évaluations de l'Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE) et de l'Institut Fraser en font foi depuis des années.
Les conseils catholiques et publics sont dans leurs droits, car leurs campagnes ont pour objectif non pas de jeunes anglophones, mais les ayant-droits à l'école française qui auraient, pour diverses raisons, opté pour l'enseignement offert par les conseils anglophones.
Ils seraient entre 8000 et 10000, selon le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est. Ce conseil a consacré 85000$ à sa campagne publicitaire lancée en janvier dernier. Lors de son dévoilement, il est à noter que personne ne soulevait d'objections...
Des raisons
Il y a des raisons philosophiques derrière ces campagnes d'attraction des clientèles égarées. C'est un geste d'appui à la minorité de langue française qui a été mal, ou pas du tout, servie par le gouvernement ontarien jusque dans les années 1960. L'Ontario se reprend depuis, et la communauté francophone démontre bien que, si on lui donne et l'opportunité et les moyens, elle peut aussi bien contribuer à la société et à l'économie de sa province. Et puis ce n'est pas tout le monde qui sait que l'éducation de langue française est disponible partout sur le territoire; il y a plein de nouveaux arrivants dans la région qui l'ignorent peut-être. Il y a plein de familles exogames, dont un des parents a eu une éducation en français ne fût-ce qu'une année! qui l'ont peut-être oublié. Répéter ce message à leur intention n'est pas anodin, ni inutile. C'est l'un des moyens de lutter contre l'assimilation à la communauté anglophone, un fléau.
Évidemment, ce maraudage a pour effet de faire perdre des élèves à d'autres conseils scolaires. Et avec chacun de ces élèves est «attachée» une subvention de la province au conseil scolaire. Plus un conseil a d'élèves, plus il reçoit d'argent du ministère de l'Éducation: logique.
M.Shea n'aime pas l'idée que son conseil perde des enfants et des subventions. Gérer la décroissance n'est pas amusant. Mais s'en prendre aux conseils de langue française parce qu'ils essaient de sauver quelques centaines d'élèves de l'assimilation à chaque année n'est pas très digne.
Évidemment, dans un monde idéal, tout cela n'existerait pas. Les familles choisiraient spontanément, pour leurs enfants, l'école qui répondrait le mieux à leurs besoins, et dans leur langue. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal et plusieurs considérations autres viennent corrompre le débat. Avec ces campagnes de valorisation de l'éducation de langue française, la communauté francophone prend sa place.
Et c'est peut-être ça, en filigrane, qui dérange...










